Compétition, négociation et exclusion dans la Libye post-Qadhafi

Séminaire « Mais que veut donc le peuple ? … » 

(Séance du 18 Novembre 2015).

Mercie Sarkouzi

Compétition, négociation et exclusion dans la Libye post-Qadhafi

Virginie Collombier*

Résumé :

Cette séance consacrée à la Libye portera en particulier sur les fractures nées de la guerre civile, notamment la polarisation entre vainqueurs et vaincus de la révolution ; les effets du processus électoral en l’absence de réconciliation nationale ; les milices, la violence et la compétition pour le contrôle des ressources ; les initiatives de dialogue et de négociation politique et les enjeux de la réconciliation nationale.

Le soulèvement de 2011 et la guerre civile qui en a découlé ont laissé la Libye profondément fragmentée entre des villes, régions et communautés pour qui le processus de transition démocratique a pris la forme d’une compétition aiguë pour le pouvoir (au sein des nouvelles institutions) et les ressources (pétrole et gaz, frontières et axes de communication stratégiques, etc).

L’exclusion violente de la communauté nationale et du processus politique des groupes considérés comme proches de l’ancien régime – et donc comme les « perdants » de la révolution – a constitué l’une des principales lignes de fractures de la nouvelle Libye. Mais d’autres divisions se sont rapidement manifestées, prenant notamment la forme de luttes régionales ou de rivalités entre élites locales et nationales, anciennes et nouvelles.

En l’absence de réel effort de réconciliation nationale, le processus électoral initié dès juillet 2012 a intensifié ces rivalités. Incapables de dialoguer et de construire un consensus, les nouveaux responsables politiques ont favorisé la dégradation sécuritaire en mobilisant les multiples groupes armés issus de la guerre pour servir leurs propres objectifs, sans toutefois en avoir le contrôle. Milices et groupes criminels ont ainsi bénéficié d’un environnement particulièrement propice pour se développer et accroître leur influence sur le terrain.

L’impasse politique né du conflit entre autorités élues en 2014 et la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire ont conduit la communauté internationale (sous l’égide des Nations Unies) et un certain nombre d’élites locales (conseils des sages, responsables tribaux, acteurs sociaux, etc) à s’engager activement pour favoriser le dialogue et la négociation entre factions politiques et militaires rivales depuis la fin 2014.

Tant dans leur forme que dans les résultats obtenus jusqu’à présent, ces processus de négociation parallèles mettent clairement en évidence les tensions entre le local et le national, et la difficulté à lier et coordonner ces deux niveaux (d’identité et de pouvoir), mais aussi les enjeux majeurs d’une réconciliation nationale dans la Libye post-Qadhafi.

* Virginie Collombier (Institut universitaire européen, Florence / Norwegian Peacebuilding Resource Center, Oslo)

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A propos Habib Ayeb

Géographe et Réalisateur
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