60 ans de politiques agricoles en Tunisie : origines et dynamiques des processus de dépossession des petites paysanneries tunisiennes.

Séminaire « Mais que veut donc le peuple ? … »

(Séance du 14 Octobre 2015).

60 ans de politiques agricoles en Tunisie : origines et dynamiques des processus de dépossession des petites paysanneries tunisiennes.

Habib Ayeb

Dans le cadre du

Séminaire de Master, Doctorat et Recherches UFR TES, Université Paris 8 Vincennes à Saint-Denis 2015-2016

 « Mais que veut donc le peuple ? » : Les dynamiques et inégalités socioéconomiques et spatiales dans leurs rapports aux soulèvements au Maghreb & Moyen-Orient

Séminaire ouvert au public, entrée libre.

Le séminaire aura lieu deux fois par mois le mercredi de 15h à 18h à l’Université de Paris 8 Vincennes à Saint-Denis (bâtiment D, salle D 008, rez-de-chaussée ; station de Métro « Saint Denis-Université », terminus de la ligne 13).

Résumé :

Depuis son indépendance, la Tunisie a expérimenté une succession de réformes et de contre-réformes agraires, toutes basées sur la volonté politique de « moderniser » le secteur agricole considéré comme archaïque et constituant une contrainte au développement économique global. Ainsi, les politiques agricoles se sont basées sur quatre choix centraux :

  • La consolidation et le renforcement du modèle colonial, dit moderne ;
  • La marginalisation volontariste et programmée de la petite paysannerie et de l’agriculture vivrière… ;
  • La consolidation du rôle de « l’expert » agricole, considéré comme le « facteur » principal du développement souhaité ;
  • Le développement d’une agriculture intensive, mécanisée et orientée vers l’export, et basée sur les « avantages comparatifs ».

En 1964, le président Bourguiba dessinait le cadre du développement agricole en déclarant lors d’un discours à Tozeur (sud-ouest tunisien) que « pour tirer de la terre ce qu’elle peut donner, il est nécessaire de mettre à profit les techniques modernes… l’exemple des anciens colons français est là pour nous édifier » …

Ben Salah, qui a conçu et dirigé la plus brutale et massive dépossession que la paysannerie tunisienne ait connue lors de l’expérience de collectivisation (l’expérience socialiste des années 1960), parlait de la nécessité de réformer les « structures mentales » du paysan tunisien : « … pourquoi l’agriculture ne serait-elle pas comme n’importe quelle autre activité industrielle ? Pourquoi voulez-vous que lorsqu’il s’agit de terre on cultive chez l’individu l’amour et la passion de la propriété, pourquoi pas des actions, des parts sociales, dans cette activité ; et il en retirerait le produit aussi bien, et il vivrait normalement ? … Pensez aux lois successorales, aux intrigues, aux profiteurs, qui ont fait que la propriété est devenue d’autant plus morcelée que la passion de l’appropriation est plus aiguisée. Pourquoi ? Parce qu’il y a un vide dans l’individu (sic), et ce vide est comblé par l’attachement à la propriété foncière ; nous avons vu des gens qui étaient hystériquement attachés à un olivier, possédé par dix personnes. C’est inouï, c’est du folklore. Veut-on bâtir une civilisation sur le folklore ? ». (interview 1974).

Dans la pratique, l’expérience « socialiste » a été guidée par trois choix : 1) nationalisation des terres « coloniales » et des terres de « mains mortes » (habouss), 2) privatisation des terres tribales « collectives » (dépossession collective) et 3) collectivisation forcée des terres des paysans (dépossession individuelle). Mise en échec pour la résistance des petits comme des grands propriétaires, la collectivisation a été suivie par une politique libérale dont le point d’orgue a été le programme d’ajustement structurel agricole (PASA) adopté au milieu des années 1980.

Aujourd’hui, l’agriculture paysanne est de plus en plus marginalisée et la dépendance alimentaire renforcée. Tout ceci explique, en grande partie, l’implication active des paysans et de la population rurale dans la « révolution » tunisienne.

Ma communication tentera d’explorer l’ensemble de ces politiques agricoles pour en faire apparaître les éléments constitutifs des processus de dépossession et de marginalisation de la paysannerie et de consolidation de la dépendance alimentaire.

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A propos Habib Ayeb

Géographe et Réalisateur
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