Le Rural Dans la Révolution en Tunisie : Les Voix Inaudibles

Le Rural Dans la Révolution en Tunisie :

Les Voix Inaudibles

 

Habib Ayeb

“Assuming a hierarchy of demands where the ‘economic’ is portrayed as narrowly defined and less inclusionary on the one hand and reformist and less revolutionary than the ‘political’ on the other is historically and theoretically without base and only stands to serve the interests of the capitalist state and its agents”

 (Maha Abdelrahmane 2012. P. 615).

I-En Guise d’Introduction : Qu’on nous donne l’eau. Je suis fatiguée d’aller en chercher tous les jours sur mon dos…

Samedi 9 mars 2013 à Testour (à peine 1h30 de trajet depuis l’avenue Bourguiba, au centre ville de Tunis), quelque part sur la colline qui surplombe la Medjerda par sa rive gauche où on est arrivés grâce à la force d’un tracteur et l’habilité de son conducteur pour quelques interviews avec des petits paysans. Première personne rencontrée : une femme, appelons-là Aziza, d’un âge impossible à déterminer, mais probablement près de cinquante ans. Une femme adorable et pleine d’énergie qui accepte tout de suite de parler devant la caméra[1] et sans aucune préparation. Des vêtements vieillis et insuffisants pour faire face au froid glacial qui a dominé ce jour-là. Des mains et des pieds abîmés par le travail agricole et les autres activités ménagères. Un visage marqué par la misère. Mais un sourire fabuleux et un coeur gros comme ça… Elle vit avec un mari qui semble inactif (je ne sais pas pourquoi) sur un hectare de terres pluviales et de mauvaise qualité et possède 2 ou 3 vaches encore plus faibles et maigres que la propriétaire. Une maison de deux chambres et une cour entourée d’un petit muret de moins de deux mètres de hauteur… On installe la caméra et les micros et je commence l’interview. Nom, lieu, activité, nombre de personnes dans la famille, revenu… Elle répond à tout avec beaucoup de précision.

« -Vous vous considérez comme pauvre ?

-Je ne sais pas mais nous n’avons rien

-Vous avez entendu parler de la révolution ?

-Oui à la télé

-Vous en attendez quelque chose ?

-Rien, ça reste politique et personne n’est au courant de nos problèmes. Ils ne savent même pas qu’on existe

-Si vous aviez une seule demande à exprimer ?

-Qu’on nous donne l’eau. Je suis fatiguée d’aller en chercher tous les jours sur mon dos… »

Je m’attendais à ce qu’elle demande du travail, un revenu, une protection sociale, un centre de santé… Elle a demandé de l’eau, seulement de l’eau et elle l’a répété à plusieurs reprises.

Des Aziza invisibles et inaudibles, qui connaissent les mêmes conditions de vie et les mêmes processus de marginalisation sociale et économique, on peut en trouver des centaines de milliers dans toute la campagne Tunisienne. C’était vrai avec la chute de la dictature et ça l’est encore aujourd’hui. Rien ne semble avoir changé. Rien ne laisse penser à un changement rapide. Ces populations vivant dans les régions et les quartiers marginalisés, souffrent non seulement de la pauvreté et de la privation, parfois des besoins vitaux, mais aussi, et surtout, du fait qu’elles sont à la fois invisibles –parce que- inaudibles (ou l’inverse).

II-La marginalisation de la paysannerie en Tunisie : un long processus qui remonte aux années 1960.

La situation actuelle du secteur agricole n’est pas fondamentalement nouvelle et n’est pas le produit des processus politiques en cours depuis la chute de la dictature de Ben Ali. C’est le produit de plus de quatre décennies de libéralisation de l’agriculture dont on peut situer le début avec l’échec de l’expérience « socialisante » des coopératives agricoles dans les années 1960. Celui-ci s’explique, principalement, par le choix politique d’une modernisation forcée de l’agriculture traditionnelle, qui a abouti à la destruction de l’économie rurale et à la paupérisation d’une paysannerie déjà mutilée par les politiques coloniales française. Cet échec fut si grave qu’il a entraîné la chute de Ahmed Ben Salah (puissant homme politique du système Bourguiba, avant une disgrâce inattendue), l’arrêt brutal, en septembre 1969, de l’expérience « socialiste » et la liquidation du système coopératif.

Dans un rapport officiel publié en 1979 – dix ans après l’arrêt de l’expérience des coopératives- par le Comité de Réflexion sur l’Aménagement du Territoire et la Décentralisation Industrielle, dépendant du premier ministère, on peut lire ceci : «  le développement de l’agriculture et sa modernisation n’ont pu que freiner le rythme d’élargissement de l’écart qui sépare les régions de l’intérieur du pays des régions côtières mais sans toutefois réussir à renverser la tendance vers l’aggravation des déséquilibres » (Ezzeddine Moudoud, Page 419). Ainsi ce rapport souligne à la fois le recul du secteur agricole et l’aggravation de la marginalisation de « l’intérieur du pays », comparé à la région côtière qui s’accaparait déjà l’essentiel des investissements et des projets de développement. Marginalisation sociale, marginalisation territoriale et marginalisation sectorielle de l’agriculture, qui caractérise encore aujourd’hui la carte économique et sociale du pays. C’est cette même rupture entre le Sahel Tunisien (la côte nord-est) et le reste du territoire qui était en grande partie à l’origine du soulèvement de la population contre le régime de Ben Ali qui a commencé, rappelons-le, par les grèves dans les régions minières du centre-ouest (à Redayef le 6 janvier 2008).

Le programme d’ajustements structurels, officiellement adopté par les pouvoirs publics en 1982, et la libéralisation accélérée du secteur agricole qui a suivi, ont fortement exacerbé la compétition sur les ressources agricoles et rurales entre le Sahel et l’intérieur et entre les petites et moyennes paysanneries et les investisseurs agricoles. Ainsi le choix des pouvoirs publics de soutenir l’agriculture d’investissement au détriment de l’agriculture paysanne se traduit en particulier par l’accaparement des ressources agricoles par la première et par la dépossession des acteurs de la seconde. Selon l’APIA (Agence de Promotion des Investissements Agricoles), les investissements agricoles privés approuvés au cours du premier trimestre de 2013 ont augmenté de 46% pour atteindre 100 millions de dinars contre 67 MD au cours de la même période de 2012.
Comparée à 2011, la progression serait de 96%.

Selon le bulletin de l’APIA du mois de mars 2013, l’Agence a approuvé l’octroi d’avantages et de facilités à 1060 projets contre 991 au cours de la même période de 2012 (+7%).
La répartition géographique de ces investissements est la suivante : la région du Centre-Ouest occupe la première place avec 446 projets soutenus en 2013 contre 376 en 2012 (+18%), suivie de la région du Nord-Est (Tunis, Ben Arous, Ariana, la Manouba, Zaghouan, Bizerte et Nabeul) avec 206 projets
(Maghreb Emergent). Cette répartition montre l’attractivité de la région centre pour les investissements agricoles et l’exacerbation de la compétition sur les ressources locales (l’eau et la terre), qui en a résulté. Nous le verrons plus loin dans la partie qui aborde l’exemple du gouvernorat de Sidi Bouzid.

Par conséquent, cette forte compétition sur les ressources naturelles a donné lieu à une cartographie économique sociale et écologique du pays qui laisse apparaître deux Tunisie-s distinctes et opposées : La « Tunisie des riches » dans le Nord et l’Est du pays et la « Tunisie des richesses naturelles ». Ces deux Tunisie-s entretiennent des rapports de dominants et de dominés, de riches et de pauvres, d’accumulation et de dépossession. Comme on peut le voir sur la carte suivante, la ligne de partage entre les deux Tunisie-s est dessinée à l’échelle nationale par le taux de pauvreté.

carte révolution TN - Français

En effet, l’essentiel des richesses comme la terre agricole, l’eau, les minerais et le pétrole viennent de l’intérieur du pays pour être acheminées vers le Sahel où elle seront transformées ou exportées vers l’étranger. La région de Sidi Bouzid, devenue célèbre « grâce » à Mohamed Bouazizi qui s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010 pour protester contre l’injustice individuelle et collective dont il était victime, est certainement un des meilleurs exemples pour déchiffrer les processus de dépossession qui touche la « Tunisie des richesses » depuis plusieurs décennies déjà. Je détaillerai plus loin le cas de Sidi Bouzid.

III-Les Paysans Dans Le Secteur Agricole Tunisien

En 2009, l’agriculture, dont une large partie (probablement la plus importante) se situe dans les régions les plus marginalisées (infrastructures, services publiques, accès aux ressources, emplois, représentativité politique, investissements…) de l’Ouest, du Centre et du Sud du pays, contribue à hauteur de 12 % en moyenne dans le PIB et emploie 16 % de la population active. Les investissements agricoles représentent 10 % des investissements dans l’ensemble de l’économie, ce qui prouve que l’agriculture reste un secteur clé de l’économie « nationale ».

Comme on peut le voir sur les tableaux qui suivent, le nombre des exploitants s’élève actuellement à 516 000 dont 46 % se trouvent au Centre du pays contre 32 % au Nord et 22 % au Sud. (Investir en Tunisie).
La superficie globale des terres agricoles couvre environ 10,5 millions d’hectares dont 5 millions d’hectares cultivables. Elles se répartissent sur le Nord, région où se situent 37 % des terres les plus fertiles du pays, le centre qui abrite 47 % de ces terres et le sud avec 16 % (Investir en Tunisie).

Tableau 1 : Evolution Du Nombre Des Exploitations 
Selon La Taille (MARH – 2006)[2].

Unité : millier

Taille de l’exploitation Enquête

1961-1962

Enquête

1994-1995

Enquête

2004-2005

Nombre % Nombre % Nombre %
Moins de 5 Ha 133 41% 251 53% 281 54%
De 5 à 10 Ha 73 22% 92 20% 109 21%
De 10 à 50 Ha 106 32% 114 24% 112 22%
De 50 à 100 Ha 9 3% 10 2% 10 2%
100 Ha et plus 5 2% 4 1% 4 1%
Total 326 100% 471 100% 516 100%

 

Tableau 2 : Evolution De La Superficie Agricole Utiles 
Selon La Taille (MARH – 2006).

Unité : 1000 Ha

Taille de l’exploitation Enquête

1961-1962

Enquête

1994-1995

Enquête

2004-2005

Superficie % Superficie % Superficie %
Moins de 5 Ha 318 6% 471 9% 556 11%
De 5 à 10 Ha 531 10% 643 12% 757 14%
De 10 à 50 Ha 2 275 44% 2 235 42% 2 177 41%
De 50 à 100 Ha 583 11% 645 12% 651 12%
100 Ha et plus 1 499 29% 1 301 25% 1 127 22%
Total 5 206 100% 5 295 100% 5 271 100%

Le mode de faire valoir direct reste le mode le plus répandu puisqu’il touche près de 95% des parcelles en 2004 et couvre 89% des superficies. En revanche, la prise en location ne concerne que 2,2% du nombre total des parcelles et 6,5% de la superficie totale (MARH – 2006).

Comme le montre le tableau 3, 43% des familles disposent de moins de 5 Ha et 21% exploitent entre 5 et 10 Ha.

Tableau 3 : Répartition Des Familles Vivant Entièrement De L’exploitation Selon La Taille De L’exploitation (MARH – 2006).

Tailles de l’exploitation Familles
Moins de 5 Ha 43%
5-10 Ha 21%
10-50 Ha 28%
50 Ha et + 8%
Total 100

La pluriactivité de nombreux petits paysans comme la sur-division des terres agricoles sont souvent expliquées par la démographie et l’augmentation continue du nombre d’héritiers et de successeurs. Même si c’est n’est pas totalement contestable, il n’en demeure pas vrai que cela s’explique d’abord par les différents processus de dépossession et d’appauvrissement auxquels sont soumis les paysans en Tunisie, comme un peu partout dans le monde, particulièrement dans les pays du Sud. La recherche d’une activité rémunérée à l’extérieur de l’exploitation s’explique d’abord par la nécessité de résister à la pauvreté et surtout aux phénomènes de dépossession. Avoir un revenu complémentaire permet au paysan de se maintenir dans son activité principale et sur son exploitation.

Les exploitants à plein temps et sans activité lucrative en dehors de l’exploitation ne détiennent que 39% du nombre total des exploitations. Dans les zones irriguées, qui sont les terres les plus intensives, les exploitants à temps plein s’accaparent plus des deux tiers de la superficie irrigable, contre 20% pour les exploitants faiblement occupés, avec une autre activité lucrative, 3% pour ceux qui sont moyennement occupés avec une autre activité lucrative, le reste est détenu par les exploitants qui ne sont pas occupés à plein temps et sans aucune autre activité. En fin, 40% des exploitants exercent une activité principale en dehors de l’exploitation, contre 35% en 1994 (MARH – 2006).

Par ailleurs, on remarque une féminisation progressive de l’activité agricole. Ainsi, le nombre de femmes exploitantes (paysannes) est de 32 980 contre 26 400 en 1994, soit une augmentation globale sur toute la période de près de 25% et elles ne détiennent que 4% de la superficie totale (MARH – 2006). Par ailleurs, le nombre des ouvrières agricoles permanentes est estimé à 4404 (soit 8,3 % du nombre total d’ouvriers agricoles permanents) dont 43 % se trouvent au nord, 27 % au centre et 30 % au sud. La féminisation du travail agricole (paysannes et ouvrières) est un phénomène assez commun dans les pays du Sud où les petites paysanneries ne peuvent plus se suffire des revenus de leurs exploitations. En l’absence partielle ou permanente des hommes (travail à l’extérieur de l’exploitation ou émigration vers d’autres régions du pays ou des pays étranger), les femmes prennent la place pour assurer la poursuite de l’activité de l’exploitation. Dans les situations financières les plus difficiles, les femmes travaillent aussi chez d’autres agriculteurs, généralement plus grands. La différence de salaires entre les femmes et les hommes dans la profession agricole explique aussi la progression du phénomène de féminisation de l’activité agricole. En Tunisie, une femme qui travaille chez d’autres agriculteurs gagne environ 7dt par jour, quand un homme peut en recevoir le double avec environ 12 à 14dt par jour.

Enfin, le modèle de développement agricole libéral choisi par les autorités est en grande partie basé sur l’extension de l’irrigation afin d’attirer davantage d’investisseurs et augmenter les capacités productives des cultures, alimentaires et non-alimentaires destinés essentiellement à l’exportation. Ainsi, la superficie totale irrigable, en 2004/2005, s’élève à 418000 Ha représentant 8,6% de la superficie labourable estimée à 4884000 Ha (elle était moins de 60000 Ha au milieu des années 1960). La superficie agricole effectivement irriguée est estimée à 330 600 Ha, soit 6,8% de la superficie labourable et 7,8% de la superficie cultivée (Tableau 4). Près de la moitié (49,5%) de la superficie irrigable se situe dans le Nord, 36,2% dans le Centre et 14,4% dans le Sud (MARH – 2006). Les terres effectivement irriguées sont localisées à concurrence de 45% au Nord, 39% au Centre et 16% au Sud (MARH – 2006).

La répartition des surfaces et du nombre des terres irriguées par taille d’exploitation  révèle l’inégalité devant l’accès à l’eau d’irrigation. Ainsi, comme le montre le tableau 4, les exploitations de taille moyenne dont la superficie est comprise entre 10 et 50 Ha détiennent 33% des superficies irriguées alors que les grandes exploitations de 100 Ha et plus couvrent 15,9% des superficies irriguées (MARH – 2006). Ainsi, les exploitations de plus de 10 Ha couvrent à elles seules pratiquement la moitié (48,9 %) des terres irriguées, alors que les exploitations de moins de 5 Ha (54 % du nombre total) ne couvrent que 16 % de la surface irriguée totale.

Tableau 4 : Répartition Des Superficies Irriguées 
Selon La Taille Des Exploitations (MARH – 2006).

Unité : 1000 Ha

Taille de l’exploitation Enquête 1994-1995 Enquête 2004-2005
Superficie % S.Irrig/S.Cultiv Superficie % S.Irrig/S.Cultiv
Moins de 5 Ha 71,9 24,4% 17,1% 82,6 25,0% 16,0%
5 à 10 Ha 52,3 17,8% 9,7% 65,6 19,8% 9,8%
10 à 50 Ha 99,7 34,0% 5,9% 108,8

32,9%

6,3%
50 à 100 Ha 19,0 6,5% 4,2% 20,9

6,4%

4,5%
100 Ha et plus 50,9 17,3% 5,7% 52,6

15,9%

6,4%
Total 293,8 100% 7,5% 330,6 100,0% 7,8%

Pour illustrer la situation des paysanneries Tunisiennes et mettre en exergue les processus de dépossession, je présente ci-dessous le cas particulier de Sidi Bouzid. Deux raisons pour ce choix : devenue célèbre, depuis le 17 décembre 2010, par le suicide de Bouazizi, Sidi Bouzid mérite que l’on s’y intéresse par l’observation et les analyses pour appréhender, autant que possible, les causes du soulèvement populaire qui a mis fin à la dictature de Ben Ali. Par ailleurs, Sidi Bouzid est une des régions où les décalages entre les investissements agricoles (publics et privés) et les processus de dépossession sont les plus visibles et les plus forts.

IV-Sidi Bouzid, un exemple de la marginalisation de la paysannerie.

A première vue, la région de Sidi Bouzid ressemble à ce qu’on pourrait appeler la « Silicon Valley » de l’agriculture Tunisienne. Le voyageur non averti peut difficilement imaginer l’ampleur des changements intervenus pendant les 30 dernières années. Les paysages verts dominants, notamment dans le district (délégation) de Rgueb, laissent croire que la région ne souffre d’aucun manque de ressources hydrauliques. Le niveau d’intensification de l’agriculture et de l’irrigation qu’on peut voir sur plusieurs kilomètres le long des routes locales donne une idée des richesses locales. Et pourtant Sidi Bouzid reste l’une des régions les plus pauvres du pays avec un taux de pauvreté de 42,3 % en 2011 (Habib Touhami; 2012).

En effet, le secteur irrigué a doublé à Sidi Bouzid en passant de 25000 ha en 1993 à 47000 Ha en 2011 (21000 Ha en 1987, 8700 Ha en 1974 et 2000 Ha en 1958 -(CDCGE. P.55)-). Il constitue aujourd’hui 10% de la superficie agricole utile de la région, grâce (à cause ?) du rôle accru des capitaux extra-gouvernorat dans la mobilisation de l’eau pour l’irrigation, particulièrement dans la région de Rgueb (22%) et à la concentration des investisseurs dans les projets agricoles nécessitant des investissements importants. L’accès libre aux ressources en eau pour l’exploitation privée a provoqué une compétition entre les différents usagers et particulièrement entre les paysans locaux et les entreprises agricoles qui ne cessent d’étendre leurs superficies irriguées : alors que les petits paysans « connaissent une crise et un processus d’exclusion de l’irrigation, ce sont des exploitations de 5 à 10 ha qui manquent de moyens financiers » (Mustapha Jouili, Ismahen Kahouli &  Mohamed Elloumi. 2011). « Les multiples incitations à la pratique d’irrigation et la prolifération spectaculaire des puits de surface ont conduit à la surexploitation des nappes phréatiques. A partir de la moitié des années 1990, l’irrigation par forages profonds a commencé à se développer, principalement dans la région de Regueb. La forte demande en nette croissance, sur l’achat des terres agricoles dans certains secteurs de la zone, a certainement créé une dynamique économique ces dernières années dans la région. Toutefois, seule une catégorie d’investisseurs, généralement disposant de gros moyens financiers acquis dans d’autres domaines peuvent supporter les frais inhérents à l’équipement moderne d’un périmètre irrigué : achat du terrain, forage, équipements, électrification, réseau d’irrigation, plantations » (Abdelkarim Daoud & Jean Trautmann ?).

Ainsi, environ 80% de ces surfaces sont irrigués à partir des puits de surfaces (9524 puits) qui exploitent la nappe profonde. Le secteur irrigué compte pour 50 % de la production totale (terres irriguées et non irriguées) de la région et de10 à 15% de la production maraîchère nationale. Certes, la mobilisation des ressources et l’expansion des superficies irrigables ont favorisé un réel dynamisme socio-économique de la région mais la communauté des irrigants, bien qu’elle ait connu le même essor, ne bénéficie plus désormais des mêmes faveurs d’encouragement (CDCGE. P.55). La réserve d’eau souterraine diminue. « Dans la plaine de Sidi Bouzid, le rabattement a atteint par endroits plusieurs mètres, entraînant l’intrusion d’eau salée provenant de la bordure de la nappe » (Abdelkarim Daoud & Jean Trautmann ?).

Ainsi, le « développement » global de l’agriculture, l’investissement agricole exceptionnel, particulièrement du secteur privé, depuis les années 1980-1990 et la très forte extension de l’agriculture irriguée intensive, n’ont pas aidé à sortir le gouvernorat de Sidi Bouzid de la zone de pauvreté qui couvre l’ensemble du Centre Ouest où les taux de pauvreté se situent au dessus de 32,3 % en 2010, contre 9,1 % pour le Grand Tunis, 10,3 % pour le Nord Est, 8,0 % pour le Centre Est… (INS, 2012. p.16) & (Carte ci-dessus).  Selon le MAS (Ministère des Affaires Sociales), les taux de pauvreté sont encore plus élevés pour la région de Sidi Bouzid avec 42,3 %en 2011 contre 13,4 % pour Tunis et 24 % pour la moyenne nationale[3]. (Touhami, H. 212 p. 7 et ) & (Riadh Béchir & Monji Sghaier 2013. P. 12, 13, 14)

Il s’agit en réalité d’un phénomène d’accaparement de la terre et de l’eau agricoles (Agriculture water and land grabbing). Quand on s’intéresse de plus près au phénomène de l’intensification de l’agriculture dans la région de Sidi Bouzid, on se rend compte dès les premiers entretiens et interviews (paysans locaux, investisseurs, techniciens et responsables locaux et chercheurs), de la singularité du processus de dépossession. Les capitaux viennent essentiellement du Sahel et plus particulièrement de Sfax, la grande ville la plus proche, et de Tunis. Quand elle n’est pas directement exportée à l’étranger, l’essentiel de la production est acheminée vers les marchés de Tunis et d’autres villes du pays, soit vers des sites de transformation, essentiellement à Sfax (pour les olives en vue de produire de l’huile d’olive, en grande partie exportée) ou le Cap Bon (pour les tomates en vue de fabriquer les concentrés de tomates, en partie exportés aussi).

Ainsi, les investisseurs exploitent les ressources locales (l’eau et la terre) pour des productions qui ne profitent que très marginalement à la population locale et donc à la région (quelques emplois, relativement modestes car une grande partie des employés viennent d’autres régions, et marchés locaux de fruits et légumes). Logiquement les petits paysans, pratiquant une agriculture « traditionnelle » extensive ne peuvent ni suivre la tendance de l’investissement massif, ni protéger « leurs » ressources (surtout l’eau, dont ils ne peuvent empêcher l’exploitation minière) ni même résister longtemps au marché de la terre, qui grignote progressivement la leur et les exclut du secteur agricole.

Par ces processus d’accumulation par dépossession, les paysans, qui sont loin d’être marginaux et constituent même, par leur nombre et leur rôle dans la « sécurité alimentaire » locale et même nationale, un groupe central dans le secteur agricole, se voient progressivement marginalisés. Leur marginalisation économique et sociale a atteint un tel niveau qu’ils sont devenus presque totalement invisibles et inaudibles. Mais par leurs résistances et leurs actions revendicatives, y compris pendant le règne de Ben Ali, les paysans font preuve d’un attachement inaltérable à leurs terres et leurs ressources, comme héritage symbolique inestimable, comme capital social et économique et comme garantie de « sécurité », même relative pour eux et pour les générations futures. L’extrait suivant d’une interview réalisée lors de mes enquêtes dans l’oasis de Gabes (Sud-est) avec un paysan (appelons-le Ahmad) qui se définit comme « paysan pauvre », montre son attachement à la terre :

« Moi : Comment je dois vous désigner ? Paysan ?

– Ahmad : Je suis paysan, fils de paysan et petit-fils de paysan

– Moi : Vous vivez exclusivement de votre terre ?

– Ahmad : non bien sûr. Je n’ai qu’à peine un quart d’hectare. Heureusement, que je trouve des petits boulots à gauche et à droit sinon mes enfants mourraient de faim…

– Moi : Vous vous considérez comme pauvres ?

– Ahmad : Nous sommes plus que pauvres. Nous ne vivons pas. Nous n’existons pas…

– Moi : Si je vous propose un bon prix, accepteriez vous de me vendre votre parcelle ?

– Ahmad : Jamais (long silence). Je te vends la terre de mes parents ? La terre de mes grands parents ? Où la terre de mes enfants ? Jamais, je ne vendrai cette terre. Je suis né ici, je mourrai ici et je serai enterré pas loin d’ici…

– Moi : Mais avec l’argent vous pouvez offrir un capital à vos enfants

– Ahmad : Cette terre n’a pas de prix. Elle n’est pas à vendre. C’est un capital qui n’a pas d’équivalent ».

Ceux qui relèveraient un manque de « rationalité » économique dans les paroles de mon interlocuteur devraient peut être envisager que le paysan, notamment pauvre, puisse avoir un sens de la « rationalité » paysanne. La « rationalité » de la lutte quotidienne pour la survie et la dignité, souvent ignorée par certaines analyses académiques.

VI-Les Paysans Poursuivent les Luttes Pour leurs Droits ; ou Quand les paysans cultivent la révolte

Il est extrêmement difficile, voire impossible, de recenser et de relater tous les mouvements de luttes menés presque quotidiennement depuis la chute du régime de Ben Ali (sans oublier les nombreuses années de luttes pendant les années précédentes) par les paysans, les paysans sans terres et les ouvriers agricoles en Tunisie. En effet, il est rare que les médias publics, privés, partisans ou « indépendants » rapportent les actions du monde agricole, participant ainsi, volontairement ou non, à aggraver leur invisibilité. Seules les actions « massives » touchant des usines, des infrastructures ou des grandes entreprises trouvent une place, plus ou moins grande, dans les médias. En revanche le comportement des médias change complètement avec les grands investisseurs agricoles quand ils font pression sur l’Etat pour davantage de facilités et de soutiens (subventions, crédits, taxes, facilités pour l’import/export, flexibilité de l’emploi et des procédures de licenciements d’ouvriers, prix de l’eau…)

Ainsi, je me limiterai à évoquer, à titre d’exemples, quelques actions menées par des petits paysans (avec ou sans terres) et des ouvriers agricoles, en regroupant ces actions par « thèmes » ou objets d’actions.

a-Luttes pour une meilleure représentativité syndicale

Contrairement aux travailleurs relevant d’autres secteurs économiques qui bénéficient du soutien plus ou moins acharné de l’UGTT (Union Générale Tunisiens du Travail), les paysans et les ouvriers agricoles ne bénéficient pratiquement d’aucun soutien syndical réel. Ils peuvent être affiliés formellement à la seule organisation « syndicale » l’UTAP (Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche) qui ne défendait jusqu’en janvier 2011, et même après, que les intérêts des grands propriétaires et des investisseurs agricoles. Il est même arrivé à plusieurs reprises que des ouvriers agricoles et des petits paysans soient soutenus par l’UGTT, alors que l’UTAP leur refusait le moindre soutien.

Mais la chute de la dictature a aussi touché de nombreuses organisations politiques et syndicales. Parfois la « révolution » s’est étendue à l’intérieur même des organisations qui ont vu leurs leaders et directions « dégagés » par des membres opposants et leurs structures et hiérarchies profondément bouleversées. L’UTAP, très proche de l’ancien pouvoir, n’a pas échappé au phénomène. « La tension est montée d’un cran le 28 avril lorsqu’un groupe d’agriculteurs (une centaine) et de pêcheurs en provenance de différentes localités du pays ont manifesté à la Kasbah pour exprimer leur mécontentement face à la lenteur du processus de changement, réclamer la suspension des activités du bureau exécutif et exiger que l’UTAP soit « épurée des symboles de l’ancien régime ». (A. Gana 2012. p. 4 et 5).

Après des mois de conflits sans résultats probants, plusieurs membres actifs ont fait scission pour créer le Syndicat des Agriculteurs de Tunisie (SYNAGRI). Ce nouveau syndicat regroupe surtout des grands et moyens agriculteurs, mais aussi quelques paysans plus petits, qui ne semblent pas encore en mesure de ou déterminés à avoir leur propre syndicat. Les membres représentant les différents secteurs agricoles et les différentes régions du pays « ont convenu de créer le syndicat des agriculteurs de Tunisie en tant qu’organisation professionnelle indépendante en vue d’œuvrer à la promotion de la situation de l’agriculture et des agriculteurs en Tunisie, dans le cadre de la consécration du pluralisme syndical dans le domaine agricole » (Le Temps 09 – 02 – 2012).

Lors d’une conférence de presse, tenue le 8 février 2012 à Tunis, le comité exécutif, constitué de neuf membres, a présenté le nouveau syndicat agricole et exposé ses objectifs et les raisons de sa constitution. Le président de ce syndicat, Leith Ben Bichr, agriculteur de Jendouba, a indiqué que la création du syndicat des agriculteurs de Tunisie intervient à la lumière du vide syndical que connaît le secteur agricole en Tunisie, à cause de la crise aiguë dans la quelle se débat l’UTAP, sans issue prochaine prévisible (Le Temps 09 – 02 – 2012).

Abordant les différentes difficultés que connaît le secteur agricole, le président de SYNAGRI en a détaillé quelques éléments principaux. L’évaluation de la récolte des céréales, l’examen de la filière du lait et de ses dérivés, ainsi que  celle des viandes, outre le système des tomates et celui de l’irrigation sont les principaux thèmes évoqués lors de la conférence de presse.
Il a, en outre, mis l’accent sur la nécessité de réviser les prix de référence des céréales et de réorganiser les secteurs de production (circuits de distribution, approvisionnement du marché, centres de collecte).
S’agissant du système du lait et de ses dérivés, le syndicaliste a mis l’accent sur l’existence d’une crise qui s’est aggravée, d’autant que le coût de production est devenu nettement supérieur à celui du prix de référence dont les agriculteurs attendaient depuis quelques temps l’augmentation. 
Evoquant cette problématique, il a déclaré que 80 % des agriculteurs sont des petits éleveurs qui possèdent moins de 10 têtes de bovins et que le prix de la nourriture des animaux (basé essentiellement sur le soja et le maïs) a augmenté de 45% depuis 2011.
Au sujet des tomates, M. Ben Bichr a jugé que l’augmentation décidée du prix de référence des tomates fraîches, destinées à la transformation (15 millimes par kilogramme), est en deçà des estimations des agriculteurs.
Dans un autre registre, le responsable syndical a préconisé de rationaliser les ressources hydriques et d’identifier des solutions d’urgence pour le système d’irrigation, faisant savoir que l’interruption de l’approvisionnement en eau d’irrigation a engendré une baisse du rendement des différentes activités agricoles, notamment les tomates (La Presse 14-09-2012).

Certes, comme on vient de le voir, le SYNAGRI ne s’inscrit pas dans un projet pro-paysans et prend clairement position pour l’agriculture d’investissement. Mais la naissance de ce syndicat d’agriculteurs ouvre de nouvelles opportunités aux petits paysans pour trouver une nouvelle forme de représentativité qui leur soit plus proche. En cassant le « monopole » de l’UTAP, l’ancien syndicat unique du monde agricole, le SYNAGRI constitue incontestablement une avancée politique et syndicale d’une grande importance.

b-Luttes pour l’accès à la terre

Assez rapidement après le 14 janvier 2011, on a assisté, un peu partout dans le pays, à des mouvements d’occupation de terres agricoles par des petits paysans et des paysans sans terres. Il s’agissait surtout de quelques grandes propriétés liées à la famille du dictateur déchu ou à des propriétés de l’Etat (terres domaniales) données en gestion à des investisseurs ou des sociétés privés. Le mot d’ordre était essentiellement la récupération des terres prises « illégalement » au paysan. Le 24 janvier 2011 (soit dix jours après la chute de Ben Ali), des ouvriers agricoles ont occupé une grande exploitation située près de la ville de Béja qui avait été donnée en gérance à un neveu de Ben Ali. Ils ont réclamé que la terre soit restituée aux travailleurs.

Dans la foulée, il y a eu aussi l’occupation de nombreuses grandes fermes privées ou appartenant à l’Etat mais gérées sous forme de SMVDA (Société de Mise en Valeur et de Développement Agricole). Au total, les attaques et occupations touchant plus d’une centaine de grandes exploitations, dont certaines continuent jusqu’à aujourd’hui, ont été menées essentiellement par des personnes et des familles qui avaient été dépossédées de leurs terres du temps de Ben Ali, par des personnes ou des sociétés privées liées au pouvoir. Selon la Fédération patronale des SMVDA, le nombre des fermes touchées par le mouvement a atteint 101 sociétés sur un total de 245 SMVDA et lotissements. En réaction, la Fédération nationale des Sociétés de mise en valeur et de développement agricole (SMVDA) a appelé le gouvernement à prendre position pour clarifier la vision sur l’avenir de ces sociétés (African Manager).

On signale également des actions (occupations ponctuelles) organisées par des petits agriculteurs et ouvriers agricoles pour empêcher des grands propriétaires, dont les protestataires contestent la légalité de propriété de ces exploitations, d’effectuer les opérations de préparation de la nouvelle campagne agricole (labours, semis…). Mais légales ou contestables, ces occupations itinérantes visent surtout à exercer une pression en vue d’une reconnaissance du droit des plus démunis à un meilleur accès aux ressources foncières et agricoles et revêtent de ce fait un caractère éminemment contestataire et revendicatif. Les actions menées contre les SMVDA, les occupations de fermes agricoles, qui selon le ministre de l’agriculture de l’époque ont entraîné l’exclusion du cycle de production de près de 10 000 hectares de terres agricoles en 2011, ont poussé le gouvernement de transition à prendre quelques mesures, plutôt symboliques, visant à réduire les tensions autour des terres domaniales, mais sans réussir à mettre fin à la mobilisation qui n’a fait que s’organiser, se radicaliser et s’étendre à la majorité des régions.

c-Luttes pour l’Accès à l’Eau d’Irrigation

L’eau d’irrigation a aussi été l’objet de plusieurs actions menées par des paysans. Plusieurs revendications ont été exprimées mais les deux principales sont l’accès à des volumes d’eau suffisants, pour garantir les récoltes, et les prix jugés à la fois trop élevés et injustes. En plus des « classiques » détournements/vols (que je qualifierai de légitimes) d’eau et des fréquents « sabotages » des compteurs, nombreux irrigants, notamment à Testour et Medjez El-Bab, situés sur la vallée de la Medjerda, ont refusé de payer les factures d’électricité de la STEG (Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz) qui gère et fournit l’énergie électrique pour le pompage de l’eau d’irrigation. Quand la STEG a coupé la fourniture d’électricité aux paysans ayant refusé de payer les factures, ces derniers se sont mis en grève prolongée forçant ainsi le gouvernement à proposer une solution provisoire qui a consisté à effacer la moitié des dettes accumulées envers la STEG (ces dettes sont parfois considérables) en attendant l’élaboration d’une nouvelle loi destinée à encadrer les politiques de l’eau. Mais cette initiative gouvernementale n’a pas été suffisante pour calmer la colère des usagers.

Avec le retour de la saison estivale, de nouvelles actions se répandent un peu partout dans le pays et notamment dans les oasis, où les paysans souffrent régulièrement de manque d’eau, de l’irrégularité des tours d’eau (normalement d’une dizaine de jours mais ils dépassent parfois les 3 ou 4 semaines) et des coupures « punitives » de l’électricité, pour non paiement de factures et des dettes contractées avec la STEG ou les banques. Plus globalement, les revendications d’un accès gratuit à l’eau d’irrigation et au partage juste et équitable des ressources se généralisent et font souvent l’objet de manifestations et surtout de dissolution des Associations des Usagers de l’Eau, jugées inefficaces et corrompues (Gana A. 2012. P.12)

Plusieurs autres actions touchant l’accès à l’eau peuvent être citées: sit-in des habitants de la délégation de Joumine sur la route nationale n°11 (mai 2011) et « saccage » d’une société de production d’eau minérale implantée dans la même région ; sit-in des habitants d’El Makhsouma (Hdadja, délégation de Kairouan Sud) au mois de juillet 2011 pour réclamer l’augmentation du débit des bornes-fontaines, avec blocage de la route, destruction d’une partie des canalisations alimentant les régions du Sahel en eau potable… et sit-in des habitants de Sidi Othman, à proximité d’Utique, Bizerte (août 2011), avec séquestration de fonctionnaires des services agricoles, pour réclamer un meilleur accès à l’eau potable… La liste est longue. Début octobre 2011, environ 600 agriculteurs de Kalaât El Andalous du gouvernorat de l’Ariana, se sont trouvés sans eau d’irrigation après que la Société d’Exploitation du Canal et des Adductions des Eaux du Nord (La SECADENORD), a effectué une coupure de fourniture de l’eau d’irrigation aux agriculteurs qui n’ont pas remboursé leurs dettes, dont le montant global est estimé à 360 000 dinars (Tunisienumérique-1).

Il a fallu attendre le 23 Mars 2012, pour que le ministère de l’Agriculture et l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP) conviennent d’exonérer les agriculteurs de 30% de leurs dettes relatives à l’exploitation des eaux d’irrigation, auprès de la STEG (Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz) et des Commissariats Régionaux au Développement Agricole (CRDA). Toutefois, l’accord trouvé entre les deux parties exige le paiement immédiat de 20% des dettes, le reste des dettes (50%) devant être remboursé sur 5 ans (Tunisienumérique-2).

d-Circuits de ventes et de commercialisations

Au début de l’été 2011, la campagne des tomates a été affectée par d’importantes manifestations organisées par des agriculteurs du secteur protestant contre les conditions de vente de leur production aux usines de transformation. Dès le début du mois de juillet, des sit-in, des grèves et des actions parfois violentes, ont été organisés dans la région de Nabeul (zones de Korba, Menzel Horr et Sidi Othman) pour réclamer une hausse des prix de la tomate. (Gana A. 2012. p.16.) C’est autour de la question des prix, fixés à 115 millimes le kg pour la récolte de 2011, alors que les coûts de production ont connu une forte hausse, et que le prix à la consommation dépassaient les 500 millimes au mois de juillet 2011, que s’est cristallisé le mécontentement des producteurs de tomates. Il y a eu d’autres actions autour des prix de tomates pendant l’été 2012.

Plus récemment, un sit-in a été organisé le 19 juin 2013 à Sidi Bouzid par les producteurs de tomates et à propos du même problème des prix de base. Ils ont exigé une augmentation de 15 millimes par kilogramme de tomates fraîches destinées à la transformation. « Le coût de production des tomates destinées à la transformation industrielle devient insoutenable surtout pour l’agriculteur moyen ou petit, s’est indigné Jamel Darbani, agriculteur à Sidi Bouzid ». Ces prix ne couvrent pas la hausse des coûts de production due, entre autres, à l’augmentation des prix des carburants, malgré la subvention accordée par l’Etat et jugée « ridicule » par les agriculteurs présents lors du sit-in. Rajouter à cela le coût de la main-d’œuvre, passé de 100 millimes/caisse de tomates récoltées à 500 millimes/caisse. Un coût pratiquement insupportable pour l’agriculteur, a insisté Saïdi Mnasser, même s’il reconnaît que 500 millimes restent insuffisants pour la rétribution des travailleurs. « Le travailleur lui-même comprend que nous sommes en perte, mais lui non plus n’a pas le choix  et  moi également ». Jamel Darbani précise, de son côté, que l’augmentation des coûts de production est à l’origine d’une baisse des surfaces récoltées. « En 2012, on a récolté 24000 hectares; cette année, on compte entre 9000 et 10000 hectares, soit moins de la moitié »… « Ce n’est pas l’Etat qui subventionne l’agriculteur, c’est bien le contraire ». Avec l’ensemble de ces problèmes « l’agriculteur risque d’avoir faim et c’est alors que tout le pays aura faim » (L’Economiste Maghrébin.).

Après deux mois de fermeture à la suite d’un conflit social, l’usine « Abida » de production des conserves à Dahmani dans la région du Kef a repris ses activités depuis le début du mois de juillet 2012. L’usine reçoit des tomates de nombreuses régions du pays, notamment Sidi Bouzid, Kairouan et Gafsa (Tunisien Numérique).

D’autre part, dans une déclaration datant du 8 juillet 2013, Kouraich Belgith, le trésorier de l’UTAP, a reproché aux industriels de ne pas honorer leurs dettes envers les paysans et de ne pas respecter les contrats établis. Il a averti que le non remboursement de ses dettes envers les agriculteurs, qui s’élèvent à 12 millions de dinars, va les détourner de la production de tomates pour la campagne 2014. Il faut noter que la campagne des tomates qui s’étale de juin à septembre constitue une source de revenus pour environ 20 000 agriculteurs dont la production est transformée dans 27 unités différentes (Maghreb Emergent-1).

Par ailleurs, la filière de ramassage et de stockage de lait a aussi connu de grandes difficultés. Dès le début de mois de février 2011, des producteurs de lait ont organisé des manifestations à Tunis et dans plusieurs régions (Jendouba, Béja, Sfax, Bizerte) pour demander des solutions aux problèmes de commercialisation du lait, liés à la faible capacité des centrales laitières à absorber les quantités présentées par les producteurs, occasionnant à ces derniers des pertes quotidiennes de lait et d’énormes manques à gagner.
Plusieurs actions ont été organisées pour protester contre les pratiques abusives des centrales laitières (normes de qualité, prix d’achat…). Dans plusieurs gouvernorats des éleveurs ont déversé leur production dans les oueds et les fossés. A Tunis, des éleveurs ont manifesté avec leurs camions citernes devant le ministère du Commerce et de l’Artisanat (Gana A. 2012. p.9).

Le 3 septembre 2012, des d’agriculteurs de la région de Ghardimaou (gouvernorat de Jendouba) ont entamé une grève ouverte pour appeler à la révision des prix du lait et du fourrage. En effet, les 500 agriculteurs grévistes ont arrêté la vente du lait et certains en ont versé de grandes quantités dans l’oued ou dans la nature car, selon eux, leur convention avec le ministère de l’agriculture n’a pas été exécutée. Cette convention stipule l’augmentation des prix du litre de lait de 560 à 730 millimes, mais la partie concernée n’a pas répondu à leurs demandes et a augmenté en contre partie le prix du fourrage à quatre occasions (Turess).

Le 5 septembre 2012, le SYNAGRI, a appelé toutes ses structures et l’ensemble de ses adhérents, dans les différentes régions, à tenir à la fin de la semaine des sit-in dans les chefs lieux des gouvernorats afin de revendiquer l’accélération de l’augmentation du prix de référence garanti du lait à la production. Le syndicat a souligné que cette crise, appelée à s’aggraver, a touché tout type d’élevage et de production laitière, menaçant ainsi d’écroulement l’ensemble de la filière. Dans son communiqué, le syndicat s’indigne de la “position négative” du gouvernement qui n’a pas encore réglé ce dossier malgré les annonces officielles de majoration du prix du lait à la production. D’après le SYNAGRI, qui a appelé le 5 septembre 2012 ses membres à organiser des actions revendicatives, le secteur de l’élevage en général, et du secteur laitier en particulier, représente 9% de la production agricole, 25% de la production animale et 8% des industries alimentaires ainsi qu’une source de revenu pour environ 211 000 éleveurs dont une majorité de petits éleveurs.

e-La Question de l’Endettement

La montée des mécontentements dans le monde rural a également pour origine l’endettement croissant des agriculteurs, en particulier des plus petits d’entre eux, et leurs difficultés croissantes à rembourser les crédits contractés. Nombre d’entre eux font l’objet de poursuites de la part des banques et sont sous la menace de perdre leurs terres. En juin et juillet 2010, soit plusieurs mois avant la chute et le départ de Ben Ali, des agriculteurs de Regueb et de Sidi Bouzid ont manifesté devant le siège du Gouvernorat contre les poursuites intentées contre eux par la BNA (Banque Nationale Agricole) et les procédures de liquidation judiciaire dont ils faisaient l’objet. De leur coté, une vingtaine de familles endettées dont les biens ont été liquidés ont organisé des sit-in sur leurs terres pour s’opposer à leur expropriation. Par la suite, une marche de protestation a été organisée devant le siège du Gouvernorat avant d’être brutalement dispersée par les forces de police (Gana A. 2012. p. 3).

f-Revendications salariales et ouvrières

De leur coté, les ouvriers agricoles ne sont pas restés silencieux et inactifs. A plusieurs reprises, ils ont organisé des actions diverses pour réclamer de meilleurs salaires et une sécurisation de l’emploi par de véritables contrats de travail. Ainsi, des ouvriers (journaliers) agricoles de Sidi Bouzid ont déclenché de multiples mouvements de grève, avec parfois l’appui de l’UGTT, pour demander la régularisation de leur situation et leur titularisation. A  Zaghouan, les ouvriers d’une grande exploitation agricole ont entamé à leur tour une grève avec l’appui d’une section locale de l’UGTT, exigeant des augmentations de salaires et la redistribution aux ouvriers de 10 % sur le chiffre d’affaires de l’exploitation. De même, des ouvriers d’anciennes coopératives agricoles ont entrepris des actions visant à obtenir une part du produit de la liquidation des UCP (Unités Coopératives de Production) transférées au privé. Au mois d’août 2011, les ouvriers d’un domaine viticole à Grombalia ont lancé un mouvement de grève, avec occupation des terres et des bâtiments de l’administration, pour réclamer une augmentation de salaire de 100 DT par mois et exiger de bénéficier des dispositions de la Convention collective des ouvriers des boissons alcoolisées. Les 42 employés du domaine qui bénéficient déjà d’un régime amélioré des travailleurs agricoles, sont appuyés dans leurs revendications par la section locale de l’UGTT (Gana A. 2012. p.27).

 

Conclusion

Dans les processus politiques en cours en Tunisie, les actions et les rôles des paysans sont particulièrement invisibles et inaudibles. Pourtant, ils sont très actifs depuis plusieurs années et avant même la chute de la dictature. Leurs actions revendicatrices se sont intensifiées et généralisées dans tout le pays depuis décembre 2010. C’est ce décalage entre, d’une part, le nombre important des paysans et l’intensification de leurs actions revendicatives, et, d’autre part, leur invisibilité quasi totale dans les médias et les espaces de débats, qui me semble constituer une dimension importante dans l’appréhension de la double question agricole et paysanne en Tunisie.

Cette situation s’exprime notamment à travers l’inégalité face à l’accès aux ressources agricoles, particulièrement à l’eau et à la terre : Les paysans disposant de moins de 5ha constituent 54% du nombre totale des paysans et se partagent 11% de la surface agricole totale. En même temps, celles disposant de plus de 50 hectares ne sont que 3 % du nombre totale mais exploitent 34% de la terre agricole totale. Sur les terres irriguées, les familles ayant moins de 5 hectares occupent 25 % de la surface totale irriguée, alors que celles disposant de plus de plus de 10 hectares occupent 45,2% de la surface agricole totale. Cette inégalité est particulièrement visible à Sidi Bouzid où le développement rapide de l’agriculture irriguée et intensive est essentiellement du fait de grands investisseurs venant, pour la majorité, d’autres régions du pays (Sfax, Sousse et Tunis).

Deux autres éléments me montrent clairement comment les paysans s’exposent aux différents processus d’appauvrissement et de marginalisation sociale. La fragmentation de la terre agricole que la démographie n’explique que très marginalement, me semble d’abord relever d’une logique de « résistance » à la pauvreté. La plus petite parcelle demeure, malgré tout, une sécurité alimentaire minimale. L’autre élément est la féminisation du travail agricole, qui se répand chez les petits paysans, correspond à une stratégie de multiplication des sources de revenus. Pendant que la femme s’occupe des travaux agricoles sur la parcelle le paysan exerce, quand il en a la possibilité, d’autres activités rémunérées dans la ville.

C’est par conséquent la marginalité sociale et économique de la petite paysannerie qui est la cause principale de son invisibilité et son in-audibilité.

Mais l’absence virtuelle de la paysannerie pose un réel problème pour l’analyse des processus politiques en cours qui ne les intègre pratiquement jamais ou alors très marginalement. Ceci réduit le plus souvent, les processus actuels au seul espace politique/politicien et aux habituelles problématiques dominantes de l’identité, la place de la religion, des droits politiques et des libertés individuelles. Aussi importantes et fondamentales qu’elles soient, ces problématiques relèguent au second plan d’importance les questions sociales et économiques qui concernent une large partie de la population, dont les paysans, et du territoire, dont la campagne. En même temps la focalisation sur les questions d’ordres politiques empêchent la prise en compte de la question complexe et « fâcheuse » des classes sociales dans les analyses politiques, médiatiques et même académiques.

Cachez moi ces classes que je ne saurais voire.

 

 

 

 

 


 

Biblio

 

M. Abdelrahman (2012) A hierarchy of struggles? The ‘economic’ and the ‘political’ in Egypt’s revolution, Review of African Political Economy, 39:134, 614-628, DOI: 10.1080/03056244.2012.738419

Ali Gana. 2012. “Agriculteurs et paysans : nouveaux acteurs de la société civile et de la transition démocratique en Tunisie ?” L’Observatoire Tunisien
de la Transition Démocratique. (OTTD) est une institution de recherches sous la forme d’une association à but non lucratif à caractère scientifique de droit Tunisien. http://www.observatoireTunisien.org/index.php?swt=01&id=28

Ezzeddine Moudoud (1985) « L’impossible Régionalisation « Jacobine» Et Le Dilemme
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Mustapha Jouili & Ismahen Kahouli &  Mohamed Elloumi « Libéralisation de l’accès aux ressources hydrauliques et processus d’exclusion au niveau du gouvernorat de Sidi Bouzid (Tunisie Centrale) » In  Appropriation des ressources naturelles et patrimoniales : compétitions et droits d’accès en Méditerranée. Colloque ESG – Méditerranée. Beyrouth les 28-29-30 Novembre 2011

Riadh Béchir & Sghaier Monji. 2013. “Taux de pauvreté et ses mesures en Tunisie” in New Medit – numero 2 – aprile/giugno 2013.

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2004-2005”. Janvier 2006. http://www.onagri.tn/STATISTIQUES/ENQUTES%20STRUCTURES/ESEA%202004-2005.htm

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Portail officiel Agriculture Tunisien : http://www.agriportail.tn/index.php?option=com_content&task=view&id=98&Itemid=62

(Abdelkarim Daoud & Jean Trautmann, ?), Faculté des lettres et sciences humaines, Sfax, Tunisie & Jean Trautmann, Université Louis Pasteur, Strasbourg, France. “Rôle de la télédétection dans l’évaluation et la cartographie des épandages artificiels des crues dans les hautes steppes Tunisiennes”. http://www.fao.org/docrep/w7320b/w7320b23.htm

Investir en Tunisie  http://www.investir-en-Tunisie.net/index.php?option=com_content&task=view&id=954&Itemid=131

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Maghreb Emergent. http://www.maghrebemergent.com/actualite/breves/fil-maghreb/item/22976-Tunisie-croissance-de-46-des-investissements-agricoles-approuves-apia.html

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L’Economiste Maghrébin. http://www.leconomistemaghrebin.com/2013/06/19/lagriculteur-risquera-davoir-faim-et-cest-alors-que-tout-le-pays-aura-faim/


[1] Nous étions en tournage pour un film sur les paysans pendant la « révolution » en Tunisie et en Egypte. Réalisateurs : H. Ayeb et R. Bush.

[2] En l’absence de statistiques fiables et vérifiables plus récents, les tableau 1, 2, 3 & 4 reprennent les données de MARH (2006) qui datent de l’année 2004-2005.

[3] Pour mesurer la pauvreté, les services sociaux du MAS puisent dans divers fichiers administratifs : le fichier de la pauvreté, les fichiers de l’aide sociale (cartes de soins à tarif réduit, bénéficiaires du Fonds de garantie de la rente du divorce, personnes handicapées, adolescents et jeunes en difficulté d’insertion, etc.), le fichier du PNAFN (Programme national d’aide aux familles nécessiteuses)”.

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A propos Habib Ayeb

Géographe et Réalisateur
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