FILS DE PAM

Banale auto-Histoire Sociale 

 J’avais écris ce texte-Itinéraire en 2008, mais je ne l’avais jamais publié. Je ne sais pas pourquoi j’ai envie le faire aujourd’hui. Une envie de partager une histoire de vie qui peut ouvrir sur quelques débats… enfin, je l’espère.

Habib Ayeb – Mai 2013

«Nous ne voyons jamais les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous sommes.»

[ Anaïs Nin ]

« Je pense qu’une des médiations à travers lesquelles s’exerce la domination des valeurs dominantes dans le cadre de la science, c’est la hiérarchie sociale des disciplines qui place la théorie philosophique tout au sommet et la géographie tout en bas (ce n’est pas un jugement de valeur mais un constat : l’origine sociale des étudiants décroît quand on va de la philosophie à la géographie ou quand on va des mathématiques à la géologie). (…) Il suffit de laisser jouer les censures intérieures qui ne sont que les censures sociales et scolaires intériorisées ». Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Ed. De Minuit, 1984, p.84.

I – JE N’ETAIS PAS PROGRAMME POUR CET ITINERAIRE; OU LA MARGINALITÉ COMME OPPORTUNITÉ

Mon appréhension de me soumettre à ce jeu du rétroviseur qui consiste à décrire et à analyser son propre chemin, n’a d’équivalent que l’immense impression de vertige qui me surprend chaque fois que j’essaye de regarder en arrière. Aujourd’hui, l’exercice me l’impose.

Le sud-est tunisien est traversé par un long massif montagneux orienté du nord au sud, et variant de 400 mètres à Djebel Béni Kheddache à 682 mètres en son point culminant, le Djebel Emzenzen. Il présente à l’est des reliefs abrupts et fortement érodés, offrant un paysage de canyons et de piémonts. Dans sa partie ouest, la cuesta descend progressivement jusqu’au grand Erg oriental, ce qui lui confère l’appellation de Dhahar, le « dos ». Cette chaîne montagneuse1 domine la vaste plaine de la Djeffara, qui la sépare de la mer, et est tapissée de limons lœssiques2 couvrant en partie ses versants et se concentrant dans les vallons. Au travers des dépressions et thalwegs, où se concentrent les seuls sols cultivables de ces régions, des petits  « barrages » appelés localement Jessour3se succèdent de l’amont vers l’aval,des cultures en terrasse. En plus d’empêcher l’érosion des sols, ces jessours permettent de retenir les eaux des rares précipitations, dont la moyenne annuelle est inférieure à 200 millimètres. En réduisant la vitesse d’écoulement de ces eaux de ruissellement, cette technique favorise le « stockage » dans le sol de quantités appréciablesd’eau. Le séjour forcé de ces eaux permet aussi de retenir une partie des limons qu’elles charrient.

De maigres champs de blé ou, plus couramment, d’orge, des oliviers et figuiers et quelques petits élevages familiaux (moutons, chèvres, poules…), constituent les principales ressources de la population locale anciennement groupée dans et autour des ksour4à ghorfas5où elle protégeait les récoltes des raids nomades. En dehors des ksour, en grande partie abandonnés, et de quelques constructions en dur et en hauteur, dont les plus anciennes sont antérieures aux années cinquante et soixante, les populations locales habitaient des maisons troglodytiques directement creusées dans le sol. Les changements récents, notamment induits par l’émigration, se traduisent, entre autres, par l’abandon de cet habitat, pourtant parfaitement adapté au climat local (dominé par de fortes chaleurs estivales dépassant, souvent, les quarante degrés et des températures hivernales pouvant tomber jusqu’à moins de dix degrés Celsius), au profit de logements en dur beaucoup moins adaptés.

Par ailleurs, la plus grande partie de ces régions ne bénéficie toujours pas du réseau d’eau potable. Les majels ou fesquias (citernes d’eau) sont les seuls moyens pour stocker des réserves d’eau de pluie destinées à la consommation humaine et animale. Pendant les fréquentes périodes de sécheresse, qui mettent les réservoirs à sec, les femmes et les enfants devaient aller chercher de l’eau aux rares sources naturelles qu’on trouve généralement sous les couches calcaires au flanc de la montagne. L’eau récupérée était ainsi ramenée à la maison souvent sur le dos et plus rarement à dos d’âne. Plus récemment, la multiplication des tracteurs et la densification des chemins et pistes carrossables ont permis de faire appel à des vendeurs d’eau qui utilisent les tracteurs et les citernes pour remplir les réservoirs. La dernière sécheresse a duré plus de cinq années entre la fin des années 1990 et le début des années 2000…

C’est, précisément, dans le village de Demmer, situé sur le Djebel Demmer, dans ce cadre géographique dont je viens d’esquisser une description sommaire, et dans la maison troglodytique familiale, que je suis né et que j’ai fait mes premiers pas sur ce chemin particulièrement cahoteux, au propre comme au figuré. Chaque étape est une pièce retirée au mur du déterminisme scientifique…

Le paysage immédiat était d’une grande simplicité : des « trous » aménagés en guise de maisons, des oliviers et des figuiers et un sol couleur de labours ou des montagnes arides, pouvant se recouvrir de vert et parfois même de fleurs pendant les rares années pluvieuses. Aussi large et loin que ma vision d’enfant pouvait porter, une seule construction en dur était visible : la mosquée. C’était une simple bâtisse d’une seule pièce, couleur terre, modeste et privée de tout décor, portes, fenêtres ou autres meubles à l’exception, oh combien importante et marquante pour l’enfant que j’étais, d’une planche en bois qui faisait office de brancard pour transporter les morts au cimetière attenant.

C’est dans cette sobre et unique bâtisse ou à l’ombre des oliviers qui l’entourent, que j’ai appris à lire et à écrire. Plus qu’à toute autre structure scolaire ou universitaire, c’est à cette école… coranique que je dois d’être ce que je suis devenu et toutes les étapes de ma vie d’humain, de citoyen et de géographe faites de chances, d’accidents, de hasards et surtout de rencontres. Chaquefois que le géographe, enseignant (universitaire) chercheur, rentre au village, il ne peut s’empêcher de regarder cette mosquée-école, aujourd’hui abandonnée, avec l’humilité qu’impose la reconnaissance d’une lourde dette. Chaque fois que je « refais » les chemins du village, je réalise combien le local est grand et essentiel et combien le global est fait de local… combien le global ne serait rien sans le local. A chaque arrivée, comme à chaque départ, je réalise aussi que mon propre itinéraire est le fruit d’une rencontre (accidentelle ?) entre le local et le global ; entre les faits et les réalités locales, à un moment précis de l’histoire, et les logiques et mécanismes (je ne me résigne pas à parler de lois en sciences sociales) qui se cachent derrière le global et les dynamiques de la globalisation. Mon propre itinéraire traduit des processus complexes de globalisation – laquelle n’est décidément pas si récente.

Cette dimension globale n’était évidemment pas perceptible à l’enfant que j’étais. Je ne la soupçonnais même pas. Le fait que je sois aujourd’hui géographe et que je me présente en tant que tel, constitue même une sorte de contradiction avec « l’illettrisme géographique » de mon enfance pendant laquelle le temps était partagé entre l’école coranique, la garde de trois ou quatre chèvres à travers la montagne, la recherche et le transport de l’eau pour la maison et les jeux avec les cousins et – beaucoup plus rarement… – les cousines. Mohamed Boughali6, l’auteur de La représentation de l’espace chez le Marocain illettré, aurait trouvé en moi l’exemple parfait de l’ignorant de la « chose géographique » et de la carte du monde qui se réduisait à l’espace limité, à l’est, par la cuesta de la montagne, et, à l’ouest, par le grand désert à l’horizon duquel disparaît en pente douce le paysage. Pendant des années, j’ai pensé que le monde s’arrêtait à ces limites. Ma représentation « innocente » et simpliste des limites et de la frontière auraient pu « illustrer » le livre fronts et frontières de Michel Foucher7. Pour le petit garçon du village, il ne pouvait y avoir de frontières puisque « l’autre monde » qu’il soupçonnait à peine ne constituait pas une continuité avec « le monde ».

Oh, bien sûr, certains signes perturbaient cette représentation simpliste et cette « cartographie en archipel » du monde : le frère absent, à Tunis, qui me donnait l’impression qu’il était quelqu’un de très « important » puisqu’il habitait la ville de la houkouma (le gouvernement), le futur beau-frère, qui était au Congo en tant que « casque bleu » (!?), … tous ceux qui étaient fel-kharej (à l’étranger), les cousins et voisins, qui étaient fel-’askar (à l’armée)…. Et, enfin, ces soldats français, allemands et anglais qui s’étaient opposés, l’arme à la main, au frère aîné, à un oncle paternel ou à d’autres dont les noms sont parfois restés célèbres. Tous ces noms, ces événements et ces lieux, qui revenaient souvent dans les discussions, nourrissaient l’imagination de ce que l’autre monde pouvait bien être, tout en renforçant la discontinuité qui nous en séparait. Même la voiture (une Citroën 2CV grise) de mon oncle, fonctionnaire du gouvernement, ne matérialisait pas l’idée d’une route qui aurait constitué une continuité physique entre les deux mondes. Comme si la belle 2CV était un objet volant, semblable aux avions qui traversaient parfois le ciel, presque toujours bleu, et dont on ne distinguait que la silhouette brillante. Les lumières qu’on apercevait le soir du haut de la montagne et dont j’ai découvert plus tard qu’il s’agissait de l’éclairage électrique de la ville de Médenine (capitale du gouvernorat du même nom), renforçaient cette rupture spatiale. Par le fait même qu’elles étaient plus visibles que nos éclairages (chandelles à huile d’olive, remplacées ultérieurement par des lampes à pétrole) elles faisaient penser davantage à des étoiles qu’à un « simple » éclairage urbain.

Géographe, voilà un métier que je n’aurais jamais pu imaginer un seul instant. A l’école, la géographie est entrée dans mon esprit avec les premières leçons sur la géographie de la Tunisie et de la France… Mais imaginer la géographie sans géographes ne me posait aucun problème. Les cartes, produits et premiers outils de la géographie, que je n’ai pu voir qu’à l’école,sont restées trop abstraites et trop longtemps. Et qui dessinait les cartes ? Les cartographes bien sûr. Toujours pas de géographes. Même l’orientation géographique n’a jamais été mon fort. Si la Quibla (l’orientation vers la Mecque) m’est toujours une évidence, le nord et le sud n’ont toujours rien d’immédiat pour moi. Alors même que ma pratique religieuse s’est arrêtée au lendemain de l’adolescence, je me surprends souvent en train de chercher la Quibla pour retrouver le Nord !

Ainsi, « ma » carte du monde a été « cousue » ou « construite » progressivement par des segments de mon propre itinéraire. Je l’ai découverte au fil de la route qui m’a amené jusqu’ici et je continue à en découvrir les tours et les contours, d’autant plus insaisissables qu’elle est en perpétuel mouvement. Pendant ce long voyage, si ma vision a un peu gagné en netteté, dans le sens où la continuité, comme les limites et les frontières, me sont devenues des « évidences », la carte s’est révélée autrement plus complexe qu’une simple étendue terrestre et sa lecture d’autant plus difficile. J’ai cru comprendre, enfin, que si la carte représente bien l’espace, elle n’est pas l’espace, si elle montre bien le monde, elle n’est pas le monde. Tout est dans l’échelle qui montre (exhibe) ou cache (censure) le détail de l’espace ou du temps considérés.

Ce décalage entre le « monde » de mon enfance et celui que j’ai découvert plus tard, exprime une réalité complexe qu’on pourrait décrire avec des termes relevant des sciences sociales et évidemment de la géographie : cloisonnement, isolement, marginalité spatiale et sociale, inégalité et…. pauvreté. La représentation, et donc la carte, que je me faisais du monde n’avaient rien d’exotique et encore moins de romantique. Représentation de pauvres et d’exclus, dessin d’enfant dont les rêves sont dominés et limités par l’aridité et la misère  – « dureté » de l’environnement et pauvreté sociale et économique qui constituent, aujourd’hui, une partie importante de mes recherches. Pauvreté, qui ne peut être un simple objet d’études et de recherches : elle est mon enfance et la réalité actuelle d’une large partie de ma famille, de mon village et de l’ensemble de la région et du sud tunisien.

1) – Fils de PAM

Paradoxalement, c’est peut-être cette même pauvreté – fondamentalement injuste, mais que j’ai considérée pendant un moment comme une simple volonté divine, qu’il fallait accepter avec l’humilité du croyant – qui est à l’origine de ma situation actuelle. Dans tous les cas, c’est incontestablement parce que j’étais d’une famille pauvre et d’une région pauvre que j’ai bénéficié, comme d’autres rares chanceux dans le monde, d’une action exogène. D’une certaine manière, j’avais la chance d’être pauvre…

Je suis né en 1954, quelques mois avant l’indépendance de la Tunisie en 1956. Ainsi, cet itinéraire qui est le mien est-il un peu aussi celui de « mon » pays. Le nouveau pouvoir post-colonial, sous la direction d’Habib Bourguiba (premier Président de la République8), a été à l’origine de certaines initiatives politiques audacieuses qui ont donné à la Tunisie une certaine « avance » sur de nombreux autres pays arabes et musulmans. L’avancée législative en matière de droits de la femme et la scolarisation massive des enfants, garçons et filles, ont été certainement les choix les plus courageux et les plus « créatifs » de la Tunisie indépendante. Dans ces deux domaines, ce petit pays d’à peine une dizaine de millions d’habitants aujourd’hui, constitue un exemple envié par la majorité des autres pays arabes. Il aurait pu l’être aussi dans le domaine des libertés et des droits humains. Ce n’est malheureusement pas le cas et ceci n’est pas totalement étranger à ma situation actuelle – qui aurait pu être radicalement différente si l’espace des libertés individuelles et collectives avait été plus large. Rentré « au pays » ou resté à l’étranger, j’aurais été « libéré » de ce sentiment d’exil physique et intellectuel, toujours présent malgré ma situation matérielle et professionnelle plutôt enviable…

Sur le plan international, la Tunisie « nouvelle » a rapidement « profité » d’un large soutien occidental et notamment d’une aide « humanitaire » importante. On était en pleine guerre froide et les puissances occidentales craignaient certainement une contagion nassérienne et une présence soviétique massive sur les frontières immédiates de l’Algérie, où la France ambitionnait encore de se maintenir. Toujours est-il que le pays a notamment reçu une importante aide alimentaire des pays européens, des Etats-Unis, par l’intermédiaire de l’USAID (Oh, je me rappelle encore ces deux mains serrées qui figurent sur les emballages et sensées représenter l’amitié entre le peuple américain et les autres peuples du monde…), et de l’ONU, par le biais du PAM (Programme Alimentaire Mondial9).

La formule utilisée à l’époque par le PAM était nourriture contre travail (à ne pas confondre avec la formule de « nourriture contre pétrole », utilisée à propos de l’Irak, plus de quarante ans après). Les personnes concernées devaient travailler dans des chantiers organisés par le programme en contrepartie d’un apport alimentaire (farine, huile, haricots blancs, farine d’œuf, lait en poudre…) et d’une petite somme d’argent. Dans le Sud tunisien, les chantiers consistaient à construire ou réparer des tabias (digues) et des jessours dans le cadre d’un programme global de conservation des eaux et des sols ainsi que des chemins ruraux. Les travailleurs étaient recrutés par les oumdas (cheikh) des villages qui désignaient aussi les personnes « moralement » aptes à occuper la fonction symbolique de chefs ou de contrôleurs de chantiers. Ces deux derniers gagnaient légèrement plus que les simples travailleurs.

Mon père, déjà âgé à l’époque (né au début du siècle), jouissait d’une grande considération dans le village et était régulièrement consulté par les uns et les autres pour tout ce qui concernait la vie de la communauté. Il réglait les conflits et bénéficiait de l’autorité morale pour imposer son point de vue. Il n’abusait pas de son pouvoir, mais il était en mesure d’imposer ou d’interdire un mariage, un partage d’héritage… etc. Tout cela lui a donné presque naturellement un pouvoir et une autorité reconnus par l’ensemble ou presque de la communauté. Les jeux et les enjeux de pouvoir sont évidemment trop complexes pour être analysés et expliqués ici, surtout quand ce pouvoir était détenu par mon propre père – de surcroît disparu depuis plus de 35 ans.

Toujours est-il que mon père fut nommé « chef de chantier10 » dans le cadre du programme nourriture contre travail. Il échappait ainsi au travail physique et gagnait un peu plus de farine que les autres. Mais en sa qualité de chef reconnu, il avait aussi le devoir de recevoir chez lui tous ceux qui venaient lui demander son aide, son soutien ou un quelconque avis…. La tradition et la culture locale, mais aussi les règles et les outils du pouvoir, imposaient au chef, comme partout et de tout temps, certaines normes d’hospitalité strictes. Le visiteur, quelle que soit sa position sociale, avait droit à tous les égards de la maison : thé, nourriture et différentes largesses du chef. Ainsi, ce que mon père gagnait en surplus par sa fonction de chef de chantier, il le perdait par sa fonction de chef de communauté. En définitive, son seul bénéfice réel était le renforcement de son statut et de son pouvoir, et, par conséquent, de sa position d’intermédiaire entre le local et l’extérieur. Comme tous les « petits » chefs, mon père était devenu de fait un interlocuteur et donc un « client » des cercles supérieurs des pouvoirs administratifs et politiques.

Mais ce statut nous a, de toute évidence, profité aussi. D’abord par rapport à l’école. Même si mon père n’avait pas bénéficié de facilités particulières, il était évident pour lui que les fils du chef ne pouvaient pas ne pas aller à l’école. Le prestige est aussi source et outil de pouvoir. Tous mes frères (pas mes sœurs) ont ainsi eu leur « chance » à l’école même si les résultats ont été inégaux. Nous avons par ailleurs bénéficié de facilités pour travailler sur les chantiers. J’ai ainsi travaillé dans les chantiers du PAM presque tous les étés des quatre dernières années de l’école primaire. Cela me permettait d’acheter quelques fournitures scolaires, la blouse (cache-misère obligatoire à l’école) et des sandales que je ne chaussais qu’en entrant à l’école pour éviter de les abîmer trop vite.

Après l’école primaire, la question de la poursuite ou non des études s’est de nouveau posée parce qu’il n’y avait qu’un seul collège-lycée dans tout le gouvernorat et il était naturellement dans la ville de Médenine, la capitale administrative, soit à plus de 36 kilomètres de notre village, une distance impossible à couvrir quotidiennement avec les moyens de transport dont nous disposions. Dans sa politique volontariste de scolarisation massive, le gouvernement avait ouvert des internats pour accueillir les élèves éloignés ou défavorisés. Nous faisions partie des deux catégories. La chance… Le collège, la ville, la mixité dans les classes, un vrai lit avec un sommier (mon premier, en plus de 13 années d’existence), et des repas à heures fixes et composés d’une entrée, un plat et un dessert. Le luxe…

Certes, c’était un internat « de pauvres » installé dans une ancienne caserne de l’armée française où nous étions entassés à plus de cinquante élèves par dortoir et soumis à des règles disciplinaires d’un autre temps et à des châtiments qui relevaient plus de l’humiliation, et parfois de la torture, que de l’éducation. Certes, la nourriture n’était pas d’une grande qualité, n’avait pas beaucoup de goût, n’était pas suffisante et souvent servie froide. Mais c’était quand même « mieux » qu’à la maison. A l’internat, par exemple, il y avait de la viande tous les jours. Ce n’était pas le cas à la maison, sauf lors de l’Aïd el-Kébir (la fête musulmane du sacrifice du mouton).

Ma scolarité n’a pas été très facile et ne s’est pas déroulée en ligne droite. L’échec à l’Ecole Normale de formation des instituteurs (à Sousse), l’entrée dans un lycée agricole dans le nord (à Mateur, dans les environs du Lac et du Djebel Ichkeul), une année de terminale de spécialisation dans une autre école agricole dans le sud-ouest (à Sidi Bouzid) et à l’Ecole Supérieure des Ingénieurs de l’Equipements Rural (ESIER) dans le Nord-ouest (Medjez el-Bab) ont abouti à un diplôme d’ingénieur adjoint hydrologue (technicien supérieur), à la fin de la longue période d’internats, à une année de chômage et à un recrutement au Ministère de l’agriculture comme hydrologue fonctionnaire de l’Etat.

Parallèlement il y a eu le décès de mon père et le passage sous la responsabilité (l’autorité) de mon frère aîné – que j’évoquais plus haut – qui m’était totalement inconnu parce qu’il avait toujours vécu à Tunis avant de s’installer à Bizerte, où il s’était marié. Cet « abandon » paternel a bouleversé mon itinéraire : voyage du Sud vers l’extrême Nord du pays, découverte des hivers gris et pluvieux, des paysages verts, de la ville moderne et surtout d’un dialecte différent du mien. Un dialecte que j’ai essayé de pratiquer plus ou moins bien, à la recherche d’une intégration dans le nouveau monde du nord qui ignorait totalement le mien, celui du sud, et le considérait avec beaucoup de mépris. Même ce frère lointain ne parlait plus la langue de nos parents !

Jamais la notion de frontière/rupture ne m’avait été dévoilée avec autant de netteté. Le Nord et le Sud ne signifiaient déjà plus la « simple » orientation géographique. Une frontière climatique, linguistique et vestimentaire s’était imprimée sur « ma » carte de « mon » pays. Une frontière qui allait prendre plus de relief avec le temps. Mais j’allais très vite réaliser combien les frontières entre des Nord-s et des Sud-s dans le monde étaient nombreuses et semblables. Aujourd’hui, cette frontière divise l’Egypte (mon deuxième pays d’adoption) entre un Sud pauvre et un Nord qui l’est beaucoup moins, sans même que le climat joue un rôle quelconque dans cette configuration.

Un espace particulier m’aidera beaucoup dans cette prise de conscience politique : l’Université de Tunis. Un espace qui m’était officiellement fermé parce que je n’y étais pas inscrit comme étudiant, mais un espace politique « ouvert », qui ne pouvait que m’attirer. Toute activité politique étant interdite en dehors du parti au pouvoir, l’Université de Tunis était devenue l’espace de toutes les tendances politiques : de la gauche avec ses différentes divisions et tendances, des Islamistes, des Nationalistes arabes, de la droite libérale, plus ou moins proche du pouvoir… C’est dans cet espace que j’ai rencontré le politique et la politique. « Ma » carte géographique du monde a pris une coloration – couche – politique et le politique m’a apporté de nouvelles clefs pour la déchiffrer, la lire et l’interpréter. La frontière entre le Nord et le Sud a pris une dimension politique. Et la pauvreté est sortie du domaine du destin et de la volonté divine pour prendre une dimension politique claire.

Désormais, le politique et la politique ne m’ont plus quitté. Au fil des ans, j’ai évolué et changé d’orientation au gré des événements, des rencontres, des lectures et des actions militantes. Sans avoir jamais formellement adhéré à un parti politique quelconque, mes choix personnels, les actions collectives auxquelles j’ai participé et, dans une grande mesure, mes activités professionnelles ont été influencées, sinon guidées, par le politique. Ma carrière professionnelle et notamment universitaire est – pourquoi m’en cacher ? – engagée. Si j’ai toujours essayé de respecter une rigueur scientifique et professionnelle sans concessions (ai-je réussi ?), il m’a toujours semblé naturel aussi, que quelle que soit la fonction occupée, d’être engagé et militant. Je suis un géographe engagé contre la pauvreté et les injustices et pour les droits humains et le développement… Et quand cet engagement vient à faiblir, le simple retour au village le remet en bonne place dans mes actes et dans ma vie.

J’aime et je partage les idées exprimées dans ce texte, que j’aurais voulu écrire, du géographe Frédéric Landy : Si le présent fait parfois peur au profit du passé, si l’on détourne les yeux pour sans cesse regarder en arrière, si les horreurs de la Shoah sont toujours rappelées quand demeurent ignorés les massacres au Congo-Zaïre de la fin du 20ème siècle (qui firent sans doute moitié moins de morts il est vrai…), c’est parce qu’Auschwitz est plus consensuel que le Kivu, si l’on ose dire. Il est plus facile d’accuser ses aïeux que soi-même ; les anciens ont toujours tort de n’avoir pas su entendre ou voir ; les présents, eux, ne savent pas. Faire de la géographie, c’est affirmer au contraire que l’on sait, c’est afficher du même coup son cynisme ou son impuissance – ou bien, plus rarement, son engagement. Le géographe prend position, pour le meilleur ou pour le pire11.

2) – Pourquoi la géographie ?

Fonctionnaire de l’Etat, à la Direction des Ressources en Eaux et en Sol (DRES) et technicien de formation, mon champ d’activité se limitait strictement à l’élaboration d’études techniques sur tel ou tel cours d’eau. Un travail enrichissant, utile, et indispensable pour une bonne politique de gestion et d’exploitation des ressources en eaux, qui me paraissaient de plus en plus rares. Mais un travail qui ne me permettait pas de comprendre la relation entre l’hydraulique, le social et le politique. Je ne remercierai jamais assez mon directeur de l’époque qui m’avait adressé un blâme pour avoir critiqué, lors d’un colloque à Tunis, la politique de l’eau en Tunisie. Trois mois après cette sanction et presque deux années de service, j’ai remis ma démission et je suis parti. Je suis parti en réaction à ce blâme que j’ai vécu comme une injustice et une insulte. Je suis parti aussi parce que politiquement la situation était devenue intenable et qu’en restant j’encourais des risques. Mais je suis parti aussi parce que je tenais à poursuivre des études en sciences sociales, ce que je n’aurais pas pu faire en Tunisie à cause des grandes difficultés pour entrer à l’Université où les places étaient fortement limitées.

A mon arrivée en France au mois d’octobre 1981, mon choix était déjà fait : l’Université de Vincennes – Paris 8 à Saint-Denis, et la Sociologie. Le choix de cette Université était une évidence pour moi. Son histoire récente, liée à Mai 68, l’imposait. Le nombre important d’universitaires célèbres et néanmoins « progressistes » ou qui me semblaient l’être, en faisait presque le passage obligé. Malgré quelques difficultés administratives, mon inscription à Paris 8 a été acceptée. En revanche, ma tentative pour m’inscrire en sociologie a échoué. Deux raisons avancées : manque de place et profil trop technique…

L’origine sociale des étudiants décroît quand on va de la philosophie à la géographie (voir citation complète en exergue). Je ne connaissais pas à ce moment-là cette phrase de Bourdieu, écrite en 1984, mais, quelles que soient les raisons qui m’ont amené à la géographie, la coïncidence avec ces propos du sociologue me frappe toujours.

A vrai dire, ce n’est pas tant la géographie qui m’intéressait – j’avais trop peur de retomber dans le piège du « tout technique » – que l’un de ses plus célèbres enseignants : Yves Lacoste. L’auteur de La géographie ça sert, d’abord, à faire la guerre etde La géographie du sous-développement12, m’impressionnait d’abord par sa vision de ce qu’est et de ce que doit être la géographie. Une géographie militante et engagée que j’avais découverte en Tunisie où Yves Lacoste était très connu parmi les militants de gauche. Sa réinvention de la géopolitique a réinstallé le politique au sein d’une discipline. Son article publié dans le journal Le Monde13sur le bombardement américain des digues du fleuve rouge au Vietnam, destiné à provoquer des « inondations qui auraient l’air naturelles », m’a révélé l’intérêt réel et l’utilité de la géographie à la fois pour la recherche scientifique et pour l’action : grâce à ce grand géographe, j’ai découvert le sens de la géographie active. Il ne me restait plus qu’à tenter ma chance pour une inscription. C’est Yves Lacoste lui-même, à l’époque directeur du département, qui m’a « admis » dans « son » département et dans « sa » discipline. A ce moment précis, et sans que j’en sois réellement conscient, commençait un nouveau segment « géographique » de mon itinéraire.

Si pendant les années 1990 et 2000 je me suis parfois senti en contradiction avec les analyses qu’Yves Lacoste faisait de certains sujets récents, notamment la première guerre de l’Irak, l’immigration, l’Islam politique et la Nation…, je garde une estime intacte et une considération profonde pour le géographe et pour l’homme. Pendant plusieurs années, j’ai bénéficié de son soutien et des nombreuses discussions que nous avons eues ensemble. Après que j’ai suivi ses cours, il a dirigé mon DEA sur l’Oasis du Fayoum en Egypte et ma thèse de doctorat sur la géopolitique du Nil : Géopolitique d’un grand axe fluvial ; le Nil (Université Paris 8. Octobre 1991). Les nombreuses discussions autour de la revue Hérodote, qu’il avait fondée, et à laquelle j’ai eu l’occasion de participer en y publiant quelques articles, m’ont beaucoup enrichi. Il m’arrive souvent aujourd’hui encore de m’inspirer de ses textes ou du souvenir de certaines de nos discussions.

Cependant, mon premier travail de recherche a été ma maîtrise de géographie, réalisée sous la direction du Professeur Claude Collin-Delavaud. Elle a porté sur les conséquences des inondations de l’été 1983 sur la vallée du Yapatéra (province de la Piura) dans le nord du Pérou. Ces inondations, provoquées par le célèbre El niño, furent catastrophiques : des dizaines de morts, des milliers de sans-abri, de vastes surfaces agricoles emportées par les eaux et des récoltes détruites. Evidemment, mon objectif n’était pas de faire le décompte des dégâts. Dans ce travail, j’ai surtout essayé d’en comprendre la cause. Autrement dit, quelle était la logique de l’organisation et de l’aménagement du territoire le long de cette vallée du Yapatéra ? Quelles en étaient les défaillances et les incohérences, qui ont favorisé et/ou aggravé les conséquences de tels phénomènes ? Quelles étaient les responsabilités des décideurs et des ingénieurs ? Quelles étaient celles des paysans et des habitants ? Ainsi, aux notions de gestion, de distribution, d’aménagement, etc., s’est ajoutée celle de la responsabilité et, notamment, de la responsabilité politique.

Ce « terrain », éloigné de tout ce qui m’était familier, a été pour moi une expérience extraordinaire. Moment où le géographe et l’hydrologue ont eu un premier dialogue réel – par l’apport du technicien et l’interprétation, plus ou moins tâtonnante et hésitante, des sciences sociales. C’est sur ce terrain que mon regard sur les questions du développement, de la gestion et de l’organisation du territoire et, enfin, de la production de l’espace, s’est formé. Un regard libéré de la rigidité dogmatique des idéologies et du piège du « technicisme » scientifique des ingénieurs. Il ne s’agissait évidemment pas de se débarrasser du point de vue idéologique/intellectuel, ni du point de vue technique/scientifique, cela aurait été absurde. Mais il importait de les faire se rencontrer dans une réflexion globale qui interroge le territoire, le social et le politique en changeant d’échelle d’analyse dans l’espace, entre le très grand et le très petit (local/global ou micro/macro), et dans le temps, entre le très long et le très court (structure/conjoncture).

Ce séjour dans cette partie du monde – environ sept mois au Pérou et un peu plus d’un mois en Bolivie – a été pour moi une expérience extraordinaire en tant que étudiant géographe. Il l’a été aussi en tant que géographe militant… A cette époque, le groupe péruvien maoïste du sentier lumineux était déjà très actif et menait une guerre meurtrière contre l’armée, la police et toutes les autres institutions de l’Etat et de ses alliés naturels ou forcés. Les débats étaient très animés sur la « lutte armée » et la « révolution », comme sur les autres questions politiques et sociétales. Dans la montagne de Frias (Nord du Pérou) où j’ai mené une partie de mes enquêtes, comme dans beaucoup d’autres régions des deux pays, la pauvreté massive des paysans – et surtout des plus petits d’entre eux – me rendait le terrain relativement familier et les gens que je rencontrais proches, malgré le fait que nous n’avions aucune langue commune : je ne parlais pas l’Espagnol et encore moins le Quechua et les autres langues et dialectes locaux. Dans ces montagnes et auprès de ces populations, j’ai réalisé que malgré toutes les différences géographiques, culturelles, linguistiques et politiques, les mêmes causes peuvent produire des conséquences similaires sinon identiques. Tout comme à Demmer, la pauvreté dans ces villages du nord du Pérou était, d’abord, la conséquence d’un « isolement » géographique, économique et politique.

Mais c’est en Bolivie que la pauvreté était la plus visible et frappante pour le voyageur apprenti chercheur que j’étais. Mon arrivée à La Paz, la capitale, coïncidait avec une grève générale déclenchée par les mineurs boliviens. Les grévistes occupèrent la rue plusieurs jours durant avant d’obtenir gain de cause avec une augmentation sensible des salaires.

J’avais déjà participé à des mouvements de masse, en France, et surtout en Tunisie. Toutefois, un mouvement de masse comparable à celui des mineurs boliviens est, aujourd’hui encore, totalement inenvisageable en Tunisie, comme dans tout autre pays arabe, à l’exception, peut-être, de la Palestine et, dans une moindre mesure, du Liban. C’est un fait que les traditions de lutte politique sont beaucoup plus fortes en Amérique Latine que dans les pays arabes.

 

De cette expérience de voyage et de recherches au Pérou et en Bolivie, je suis rentré avec une autre idée ou plutôt, un nouveau projet de recherche autour de la même problématique de l’eau : mener une réflexion, dans le cadre d’un travail de thèse de doctorat14 sur l’aménagement d’un grand fleuve international, la gestion de sa crue et l’utilisation de ses eaux tant à une échelle nationale que locale. Si le Nil s’est imposé, il y avait à cela certaines raisons objectives.

3) – Pourquoi l’Egypte ? Pourquoi le Nil ?

Même des années après mon premier séjour en Egypte, il m’est encore difficile de répondre à cette question. Pourquoi va-t-on en Egypte ? Et, surtout, pourquoi y reste-t-on ? Je raconte souvent que j’ai quitté définitivement l’Egypte cinq fois… Selon les Egyptiens, celui qui boit de l’eau du Nil revient toujours… A la recherche de réponses et d’explications convaincantes à ce lien avec ce pays, je surprendsde nouveau l’enfance et la première période militante.

J’appartiens à cette génération qui a grandi « avec » l’ancien président égyptien Nasser : le Panarabisme, le Tiers monde, la Palestine, le Canal de Suez et évidemment le célèbre Haut Barrage d’Assouan. Ce sont les mots-clés les plus importants de l’histoire de ce chef d’Etat exceptionnel, qui a marqué plus d’une génération, dans le monde arabe et au-delà. On y lit, en filigrane, un modèle de développement, voire une certaine philosophie politique du développement, dans un contexte qui cumule la situation de guerre et le sous-développement. Cet officier de l’armée égyptienne qui a combattu face à Israël pendant la guerre de 1948 avant de renverser, en juillet 1952, le régime royal de son pays avec le soutien d’autres officiers et la complicité des Frères Musulmans, a très vite repris à son compte et remis à l’ordre du jour le fameux projet nationaliste arabe d’unifier l’ensemble des Etats et des peuples arabes dans un seul Etat indépendant sur les ruines de l’Empire Ottoman. Pendant les années de décolonisation et de transformations rapides de la carte géopolitique régionale et internationale, la relance de ce projet par Nasser a constitué pour tous les Arabes un extraordinaire moment d’espérance. Il a fallu attendre 1967 et la guerre des six jours pour que la désespérance prenne le dessus.

La guerre des six jours a non seulement fait perdre des territoires considérables et éloigné l’horizon d’une Palestine indépendante, mais elle a mis fin à un rêve et un projet auquel adhérait l’ensemble des Arabes. Quelques années après, le rêve brisé aboutira à l’éloignement de l’Egypte de la Palestine et surtout de la centralité arabe qu’elle ne retrouvera plus malgré des tentatives tardives et une prétention toujours d’actualité. Mais la mort de ce projet sous les bombes de l’armée israélienne, dont ce n’était pas, du reste, l’intention première, a engendré le « monstre » de l’islamisme politique avec ses contradictions internes et ses victimes directes ou indirectes. Entre juin 1967 et septembre 2001, il y a ce fil conducteurque beaucoup de nos politologues et décideurs politiques, dont Georges W. Bush, refusent de voir. Ce fil est maintenu et renforcé par l’ensemble des régimes arabes, soit intentionnellement (la majorité des mouvements islamistes ont été créés ou encouragés par les régimes en place, et notamment celui du Président Sadate, mortellement touché en octobre 1981 par leurs balles), soit indirectement en en faisant la seule voie/voix de « libération » envisagée par des peuples en souffrance.

Mais le Nil n’est pas seulement l’Egypte qu’il a « créée » et encore moins l’Egypte des années Nasser. C’est, d’abord, un grand fleuve dont la crue annuelle moyenne atteint 84 milliards de mètres cube d’eau. C’est, surtout, un axe géopolitique d’une extrême importance qui « couvre », totalement ou partiellement, neuf Etats africains comptant globalement plus de 350 millions de personnes. Le mot «axe» est à prendre dans son double sens, spatial et géographique d’une part, et historique de l’autre. C’est le couloir par lequel l’Islam a pénétré en Afrique, dans sa partie orientale surtout, mettant fin au royaume chrétien de Nubie, au XIVe siècle. C’est en suivant le Nil que l’armée de Mohammed Ali, dirigée par son fils Ibrahim, est arrivée jusqu’aux confins du Sud-Soudan actuel. C’est enfin le chemin emprunté par l’empire britannique pour prendre possession d’une grande partie de l’Afrique de l’Est et pour tenter de réaliser son projet géopolitique d’un «couloir» stratégique reliant le Caire, en Egypte, au Cap, en Afrique du Sud.

Ce ne sont là que certains des éléments qui font du Nil un terrain extrêmement riche d’enseignements pour celui qui veut «explorer» une situation géographique complexe, où un fleuve constitue la condition même de l’existence. Hérodote n’a-t-il pas écrit que «l’Egypte est un don du Nil» ?

1Une cuesta dégagée dans les calcaires et les marnes du Crétacé supérieur et moyen, profondément disséquée par les oueds

2Loess : Dépôt pulvérulent d’origine éolienne, formé de quartz, d’argile et de calcaire, appelé aussi limon des plateaux.

3Technique de barrages connue depuis l’antiquité. Jesser au singulier

4Ksour, pluriel de Ksar, signifie littéralement palais. Localement cela signifie un village fortifié, généralement construit en haut des collines, mais certains sont construits en plaine.

5Ghorfa : Une pièce construite en longueur et dont le toit est voûté pour éviter un séjour prolongé des eaux et une exposition prolongée au soleil. Mais la technique traditionnelle des voûtes permet surtout de construire sans béton armé et coffrage. Ceci explique le fait que cette technique était respectée même quand il s’agissait de construire plusieurs étages, comme il est de règle dans les ksour de montagne.

6Boughali M. : « La représentation de l’espace chez le Marocain illettré », 1 vol., 302 p., Afrique Orient éd., Casablanca, 1988

7Mettre les références exactes.

8La Tunisie Indépendante depuis 1956 et république depuis 1957, n’a connu que deux présidents : le feu Habib Bourguiba et Ben Ali, au pouvoir depuis novembre 1987.

9World Food Program: WFP

10Il est intéressent de noter qu’en Tunisie l’expression de chef de chantier est simplement traduite par chef chanti. A l’époque, je n’imaginais que ce n’était pas de l’arabe…

11 Frédéric Landy ; Volume itinéraire scientifique. Manuscrit HDR. Page 10.

12Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, Paris, Maspero, 1976 (La Découverte, 1985) et Géographie du sous-développement (Presses Universitaires de France I965) Huit éditions différentes – Ouvrage traduit en quinze langues

13Le monde daté du 16 août 1972. Voir aussi le premier numéro de la Revue Hérodote. Janvier 1976.

14Thèse de doctorat nouveau régime, Géopolitique d’un grand axe fluvial : le Nil, (sous la direction de Yves LACOSTE). Université Paris 8, à Saint-Denis. Octobre 1991. 480 pages. 

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A propos Habib Ayeb

Géographe et Réalisateur
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