La Place Tahrir, Garante de la Révolution en Egypte et en Tunisie

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Ca fait un peu plus de deux années que je vis, certes avec deux rythmes et deux intensités différents, deux processus révolutionnaires qui ont mis fin (premiers résultats) aux dictatures à la tête des « mes » deux pays : La Tunisie et l’Egypte. Déjà vivre une seule « révolution » est à la fois exaltant et profondément déstabilisant… n’en parlons pas de deux révolutions qui se passent en parallèle et qui copient et se « miment » mutuellement.

Parfois c’est très angoissant et même déprimant. On essaie de prendre du recul. On essaie de s’accrocher à la distance qu’en certaine rigueur « académique » peut faciliter. Mais, c’est loin d’être facile quels soient les artifices et les techniques mis en ouvre.

Je suis un Tunisien, pour qui l’Egypte est (paradoxalement) le lieu où l’on respire le mieux. mais je suis aussi un Egyptien par choix, par affection, par adhésion et par adoption. Mon meilleur angle pour observer la Tunisie, c’est l’Egypte… Et l’un des meilleurs lieux d’observation de l’Egypte est certainement la Tunisie… De fait, le processus révolutionnaire en Tunisie prend d’autres couleurs, d’autres formes, d’autres rythmes et d’autres signification, observé à partir de la place Tahrir (Midan Tahrir). Les complications et les bifurcations de la révolution égyptienne avec ces moments les plus intensifs, les plus dangereux et les « hésitants » me semblent plus lisibles et déchiffrables à partir de la Tunisie. Je ne sais pas si c’est lié à moi et mon (mes ?) histoire personnelle et mes attaches ici et ailleurs, à la Tunisie ou à l’Egypte, mais c’est ainsi.

Jamais un Egyptien de Tahrir ou d’ailleurs, n’aurait pu situer Sidi Bouzid sur une carte. Jamais un Tunisien de Sidi Bouzid ou d’ailleurs, la place Tahrir n’aurait occupé une telle place symbolique… Du reste, ce n’est peut être pas un hasard que la même étincelle qui provoquer l’explosion populaire à Sidi Bouzid et ailleurs, soit précisément la même qui a poussé les centaines de milliers d’Egyptiens à occuper Midan Tahrir en exigeant que Moubark suive l’exemple de son ami Ben Ali et laisse le pouvoir. A Tunis, la chute du régime a été une grande surprise. Au Caire, la chute de Moubarak était attendu, voulu… Ce que les Tunisiens avaient réussi à imposer, « nous » pouvons l’imposer aussi, disaient les Egyptiens.

Bien avant fin 2010 et début 2011, le parallèle politique entre les deux processus était évident. A l’époque je vivais et travaillais en Egypte et je réalisais des travaux de recherches dans une démarche comparative entre les deux pays. Non, je n’avais pas perçu des processus et encore moins révolutionnaires. mais face à Mahall al-Kobra en Egypte (2006), il y avait Redayef (zone minière) en Tunisie (2008)… On pourrait citer bien d’autres exemples… On pourrait aussi trouver des situations totalement différentes avec des évènements et des moments différents. Mais ce qui est incontestablement commun aux deux pays, malgré certaines différences d’ampleur, ce sont les la nature dictatoriale des deux régimes, la prise de pouvoir par les hommes/femmes (essentiellement des hommes qd même) d’affaires et investisseurs, les processus de marginalisations sociales et d’exclusions de pans entiers de la société dans les deux pays accompagnées par des stratégies d’accumulations au profit de petites minorités de privilégiés proches, alliés et protecteurs des pouvoirs. Les niveaux de pauvreté, l’ampleur du chômage, la dégradation des services (écoles et santé surtout), l’aggravation des dépendances économiques, la crise alimentaire de 2008, l’apparition de certaines formes de violences jusque là plutôt rares… étaient communs aux deux pays….

Que Moubarak tombe à peine 4 semaines après Ben Ali, n’est qu’une confirmation de ces parallèles et ressemblances, malgré les différences manifestes.

Et aujourd’hui ? Eh bien, on pourrait répondre rapidement que c’est différent. Ca se calme en Tunisie, la transition semble plus tranquille, la road-map semble plus claire et les institutions semblent fonctionner normalement. A l’ombre des Pyramides, la situation est manifestement différente, moins stable, plus violente… et moins rectiligne. Sur le court terme, la situation à Place Tahrir est définitivement plus angoissante que celle sur l’Avenue Bourguiba. D’ailleurs, beaucoup d’Egyptiens « jalousent » leurs « camarades » tunisiens..; En même certains Tunisiens montrent la situation en Egypte pour souligner la chance, même relative, de la Tunisie de ne pas être tomber dans des cycles de violences similaires et des blocages politiques infinies.

En réalité, je pense que c’est des deux côtés d’illusion d’optiques qui laissent apparaître parfois des images qui ne correspondent presque à rien de réel. Des bords du Nil, Tunis et calme, mais on ne voit ce qui bouillonne dans les sous-sols. de Tunis, la situation au Caire semble explosive, mais on ne voit pas les diverses et multiples rapports de forces qui entre les différents acteurs et institutions. Au Caire, al Place Tahrir est devenue une institution politique à part entière avec sa propre légitimité, ce que l’avenue Bourguiba n’a pas réussi à devenir ni à avoir. Place Tahrir peut encore empêcher que le processus révolutionnaire né vers les années 2006, ne succombe sous les coups des forces politiques, plutôt réformistes que révolutionnaires. Place Tahrir peut encore maintenir l’espoir.

Sans Sidi Bouzid, la révolution égyptienne n’aurait probablement jamais eu lieu, du moins pas maintenant et pas avec ses dimensions actuelles… Sans une place Tahrir victorieuse, les chances de réussites de la révolution tunisien seront très fortement réduite.

… et vu ce qui se passe au Caire et malgré les difficultés, les violences, les angoisses,… l’espoir reste intact. Le processus révolutionnaire est loin d’être mort. La réussite est encore possible… On la fêtera sur la place Tahrir et la fête fera le chemin inverse, Mahalla, Tunis, Sidi Bouzid, Redayef…

Ce jour là, je pourrai réaliser pleinement ma chance d’avoir vécu pleinement et de l’intérieur ces deux révoltions

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A propos Habib Ayeb

Géographe et Réalisateur
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