Le Forum Social Mondial (FSM)… Et Après ?

Le Forum Social Mondial (FSM)… Et Après ?

Du 26 Mars au 1er avril, la Tunisie a « hébergé » le Forum Social Mondial (FSM) organisé à Tunis avec un nombre global de participants estimé à plus de 50,000 personnes. Pendant ce forum, les débats et discussions formels et informels ont couvert un nombre incalculable de sujets, de problèmes, d’alternatives, de propositions et de visions… Toutes les questions, des plus simples aux plus complexes en passant par les plus « tabous » ont été abordées même si c’est forcément de manières inégales.

Aujourd’hui la question qui se pose c’est : et après ?

En effet, il nous faut poser la question de savoir si cet événement devait rester entre parenthèses et relever des grandes rencontres plus ou moins sympathiques organisées ici ou là, ou si on devait le considérer comme un moment important et concentré des débats généraux et spécifiques qui concernent notre futur proche et lointain à la fois comme Tunisiens et comme partie intégrante et à part entière de la « communauté » internationale. Il va sans dire que je pencherai pour la seconde option et ce sans idéaliser le principe même du FSM qui, à mon sens ne va pas assez loin dans la critique du modèle libéral dominant, et encore moins adopter aveuglement les slogans, les conclusions et les recommandations du FSM comme les seules possibles et/ou fiables. Il s’agit tout juste de profiter de cette forte énergie qui a émergé pendant le forum pour prolonger les débats à la recherche de solutions et d’alternatives fiables et de réponses aux questions que nous impose le processus révolutionnaire en cours.

Il est bien difficile de lister ici l’ensemble des questions et des éléments des débats possibles et nécessaires. Mais certaines me semblent s’imposer tout naturellement si l’on veut vraiment participer au succès du processus révolutionnaire commencé avec les grèves du bassin minier (janvier 2008) et qui se prolonge encore aujourd’hui après avoir enregistré un premier grand succès avec la chute de la dictature de Ben Ali.

Dans quelle Tunisie (dans quel monde) souhaiterions nous vivre ?

Evidemment, il serait trop simple et facile si l’on pouvait répondre par une phrase, une proposition, une action… En réalité cette question principale en impose d’autres :

Quels modèles de développement ? Quelle société ? Quelles sont les urgences et les priorités ? Faut-il continuer à réfléchir en termes de croissances économiques ou penser en termes de croissance sociale et écologique ? Quelle justice sociale, régionale, générationnelle ? Quelle est le statut des ressources naturelles et des patrimoines écologiques (la terre, l’eau, la biodiversité végétale et animale…) ? Quel est le rôle et la place de l’Etat ? Quelles relations avec l’extérieur ? Quelles formes de souveraineté ? Quelle est la place de la religion, des normes sociales, des identités… ? Quels droits pour les individus, les groupes, les communautés, les minorités, les femmes,… ? Comment réduire la pauvreté et supprimer les injustices, les exclusions et les marginalisations sociales ? Comment mettre fin aux inégalités ?

Les questions sont nombreuses, et les réponses sont forcément différentes selon qu’on choisi l’une ou l’autre des alternatives actuellement possibles :

– Se contenter du changement intervenu au sommet de l’Etat et de quelques réformes politiques donnant plus de libertés individuelles et de démocratie électorale, tout en maintenant un système libéral qui favorise les couches les plus aisées de la population et marginalise les autres, avec le risque de nouvelles instabilités voire de violences politiques généralisées…

– Profiter des mouvements en cours pour changer fondamentalement le système et le remplacer par un nouveau modèle politique basé sur de nouvelles normes politiques, sociales, écologiques et économiques. Dans cette seconde alternative, il s’agit de remettre l’humain au centre du débat et des propositions… Il va sans dire que l’humain ici ne concerne pas uniquement les générations actuelles mais aussi celles qui vont venir après nous. Pour ce faire, il sera nécessaire d’inverser l’ordre des choses et des priorités… L’humain au centre c’est aussi l’environnement, l’accès équitable aux ressources, la distribution juste des richesses, la fin de l’exploitation minière des ressources (comme l’eau), la justice sociale réelle et la fin de toutes les formes des inégalités, des injustices, des exclusions, des racismes, des exclusions… C’est le sens réel de l’alternative, bien réaliste quoi qu’on en pense, que nous offre la période actuelle où toutes les directions restent possibles, même si elles sont loin d’être faciles ou évidentes.

Il est habitude chez certain(e)s de répéter le slogan « un autre monde est possible » sans même réaliser que ce slogan ne fait que reprendre des évidences et ne présente aucune promesse ni même aucun espoir. On peut toujours changer de monde, mais rien ne garantit qu’il sera meilleur que l’actuel… Le monde du chah d’Iran et celui des ayatollahs sont forcement différents, le système politique actuel en Irak est bien « un autre monde » comparé à celui de Saddam Houssein, … et, enfin, la Tunisie et l’Arabie Saoudite ne semblent pas s’inscrire dans un monde similaire.

Personnellement, je ne rêve pas d’un autre monde (qui peut être pire que l’actuel) mais d’un monde meilleur et je le crois parfaitement possible.

De la même manière une autre Tunisie ne me fais pas rêver… Moi, je crois qu’une Tunisie meilleure est à la fois souhaitable et possible. Mais, je ne pense pas que l’on puisse se limiter à porter les drapeaux, les slogans et les promesses. Une Tunisie meilleure a et doit avoir un sens différent. Une Tunisie meilleure est une Tunisie juste, équilibré, « durable », souveraine (ce qui n’a rien avoir avec le nationalisme, la fermeture, l’exclusion de l’autre…), respectueuse des droits, des libertés et des choix de chacun(e) de ses citoyen(ne)s (tunisien(ne)s ou non..), et de ses composantes sociales, communautaires, religieuses, régionales… Une Tunisie meilleure est une Tunisie où l’exploitation des ressources ne doit pas servir l’accumulation des profits de certains au détriment du présent et du futur des autres et ou les richesses naturelles constitueraient des richesses et des bien communs qui échapperaient à toutes les formes de privatisation et de monopolisation. Une Tunisie meilleure est forcément une Tunisie où personne ne peut/doit souffrir d’une limitation quelconque d’un accès juste et équitable aux ressources et aux services. Une Tunisie juste est une Tunisie où toutes les formes de domination, soumission, exclusion seraient tout simplement impossibles.

Bien sûr tout ceci peut passer pour des vœux pieux et des idéalismes irréalistes et irréalisables ! Je les assume et je les revendique parce que je les crois absolument possibles et réalisables. Certains, ne manqueront pas de souligner l’absence de propositions concrètes et ils ont raisons. Ma seule réponse est qu’il nous faut d’abord proposer une vision globale, une philosophie, une utopie… dans lesquelles on peut suggérer des choix politiques voire des projets concrets. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur des questions précises (économie, environnement, politique, souverainetés, justices….) et je continuerai. Par cette contribution, je voulais juste tenter d’éviter que les nombreux débats qui ont eu lieu pendant le FSM (la majorité existait déjà bien avant le forum), ne s’éteignent sans aboutir…

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A propos Habib Ayeb

Géographe et Réalisateur
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